2050 : que s’est-il passé en 30 ans pour les animaux ?

Mis à jour : 3 sept. 2019

La réponse de Catherine Santoru.


Nous avons posé la question à différents acteurs de la cause animale, qui se sont prêtés à cet exercice d’anticipation avec habileté et créativité. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir le scénario de Catherine Santoru, militante antispéciste, fondatrice du Mouvement OCOHA – Oui à la cohabitation et de la COA – Coalition animaliste.

La biodiversité et les écosystèmes n’ont jamais été si gravement malmenés, notre destin sur terre se joue maintenant.

2050… ce chiffre ambivalent peut faire peur tout comme il peut rassurer. Car 30 ans, à l’ère du digital, c’est une petite éternité qui peut nous laisser espérer. Mais en pleine crise environnementale, c’est une course contre la montre qui ne se gagne pas facilement… Et pourtant.

Nous sommes en 2019, commençons par regarder la vérité en face.

Nous avons entamé la sixième extinction de masse des espèces et il est tout sauf réconfortant de savoir que c’est la première causée par l’humain. 60% de la population de vertébrés sauvage a déjà disparu et un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction ces prochaines décennies, sur les huit millions que compte la planète. Le rythme de l’extinction s'accélère, nous expliquent les experts. La biodiversité et les écosystèmes n’ont jamais été si gravement malmenés, notre destin sur terre se joue maintenant.

Ce n’est pas tout. Chaque année, nous tuons des milliards d’animaux terrestres et marins pour notre propre consommation et les prévisions sont à la hausse pour 2050.

Toujours en 2019, certaines vérités viennent à peine d’émerger au sein du grand public. Elles sont de nature à ébranler nos pratiques et nos croyances, parfois ancestrales. Des liens pas du tout anodins de cause à effet commencent seulement à gagner les cerveaux et les esprits. Mais voilà, pas encore au point de vaincre l’incrédulité et le scepticisme ambiants de la majorité humaine. Nous savons ainsi scientifiquement, depuis 2012, que les animaux sont dotés de conscience et de sensibilité, y compris ceux que l’on consomme sans grande compassion.

En 2019, certaines vérités viennent à peine d’émerger au sein du grand public. Elles sont de nature à ébranler nos pratiques et nos croyances, parfois ancestrales. Nous savons qu’il n’est pas nécessaire de manger de la viande, et que le lait de vache, originairement destiné au veau, ruisselle de cruauté et d’insanité

Nous savons qu’il n’est pas nécessaire de manger de la viande, et que le lait de vache, originairement destiné au veau, ruisselle de cruauté et d’insanité ; on peut très bien s’en passer. Les abattoirs ne sont pas ces lieux où la mort mécanique est douce et indolore, comme cela nous a si souvent été présenté, y compris sur nos écrans TV. Nous venons à peine d’établir et de reconnaître publiquement le lien majeur entre élevage et réchauffement climatique. La peste porcine africaine bat son plein. Lui ont précédé d’autres virus malins, ces dernières années (grippe aviaire, H1N1). Ils trouvent étonnamment tous leur origine au sein d’élevages ou de marchés d’animaux concentrationnaires et maltraitants, gérés par des humains.

En 2019, notre machine de guerre contre nos congénères à plumes, à écailles et à poils tourne à plein régime, elle met en danger notre propre planète. Et nous n’avons en effet guère plus de 30 ans pour rétablir la paix.

30 ans pour agir, cela nous laisse du temps : le scénario encourageant

Il y a des bonnes nouvelles.

Tout d’abord, il n’est pas trop tard pour sauver les animaux, du moins ceux qui restent, soigner la biodiversité et les écosystèmes. Des lanceurs d’alerte de tous bords nous le répètent régulièrement. Mais à une condition, et elle est de taille : nous devons changer rapidement nos modes de production et de consommation.

Le web et les réseaux sociaux sont les grands alliés des animaux et de leur libération. Ils permettent chaque jour de dénoncer, d’informer, de sensibiliser, de faire évoluer les mentalités, de mobiliser et de fédérer, tout cela à vitesse grand V, à large échelle et d’un bout à l’autre de la planète. Ils poussent sur la scène médiatique traditionnelle des sujets dont celle-ci ne se serait jamais intéressée auparavant. Ils inspirent les nouveaux groupes de résistance, génèrent des mouvements humains de masse.

Le militantisme animaliste, en particulier le mouvement de libération animale, a fait une belle percée ces dix dernières années, s’invitant toujours plus sur la scène médiatique et en politique. Il est vif, combatif, polyforme et efficace. Son nombre d’adhérents augmente et le fruit de ses actions est déjà palpable. À ce rythme-là, son travail d’ici 2050 risque d’être surprenant.

Le digital nous confère un pouvoir d’influence bien plus rapide et puissant qu’il y a 30 ans : le web et les réseaux sociaux sont les grands alliés des animaux et de leur libération. Ils permettent chaque jour de dénoncer, d’informer, de sensibiliser, de faire évoluer les mentalités, de mobiliser et de fédérer, tout cela à vitesse grand V, à large échelle et d’un bout à l’autre de la planète. Ils poussent sur la scène médiatique traditionnelle des sujets dont celle-ci ne se serait jamais intéressée auparavant. Ils inspirent les nouveaux groupes de résistance, génèrent des mouvements humains de masse, parfois de manière imprévisible. C’est l’arme qu’il nous fallait.

Nous venons à peine d’établir et de reconnaître publiquement le lien majeur entre élevage et réchauffement climatique.

Les millenials sont plus ouverts à l’antispécisme et à la désobéissance civile. Le temps presse. Bien des jeunes, qui auront acquis davantage de pouvoir en 2050, l’ont déjà compris. Ils manifestent plus massivement qu’auparavant. Certains d’entre eux recourent désormais sans tabou à la désobéissance civile, cette forme de militantisme salutaire dans le contexte actuel.

Au rythme où la cause animale progresse aujourd’hui, voilà ce que nous pourrions espérer ou devrions faire en sorte qu’il se soit passé en faveur des animaux en l’espace de 30 ans. Projetons-nous en 2050 en Occident, en mode fiction et de manière non exhaustive :

  • La philosophie antispéciste est comprise et partagée par la majorité de la population, qui considère désormais son rapport aux autres animaux comme un enjeu majeur pour le bien-être et la survie de sa propre espèce.

  • Les autorités continuent d’intégrer, dans leurs programmes politiques, des actions en faveur de la lutte antispéciste dans les domaines de l’économie, de la santé et de l’éducation. Les politiques agricoles et territoriales sont clairement orientées vers la production végétale depuis quelques années déjà ; cohabiter plus justement avec les autres animaux est un axe majeur de la politique environnementale.

  • L’alimentation végétale a été officiellement reconnue, dans tous les pays, comme viable à tous les stades de la vie. L’État montre l’exemple et sensibilise ses citoyen-e-s.

  • Des antispécistes de la génération des millenials occupent de nombreux sièges dans les parlements et les gouvernements.

  • La majorité des industriels et des commerçant-e-s de l’économie spéciste, ayant compris depuis plus de quinze ans les enjeux liés à l’économie végane, ont adapté plus de 50% de leur offre à la nouvelle réalité.

  • Le végétarisme transitoire et le véganisme sont adoptés par au moins 50% de la population qui jouit d’une offre plus abondante et attrayante sur le marché.

  • La production d’animaux et de produits d’origine animale a été drastiquement revue à la baisse. Mais on écoule encore, notamment sur certains marchés étrangers.

  • Dans les lois, la sentience a été reconnue pour tous les animaux, y compris ceux dits de rente ; les droits fondamentaux revendiqués par le mouvement de libération animale ne sont pas tous encore votés, mais cela ne saurait tarder.

  • Des règlements et des systèmes de sanctions réduisant drastiquement la souffrance animale ont été adoptés. Détenir des animaux en cage n’est plus d’actualité. Les adopter est soumis à un règlement plus contraignant.

  • Plus de la moitié des élevages exploitant les animaux ont disparu, au profit de sanctuaires ou de fermes didactiques à taille toujours plus humaine ; les éleveur-euse-s sont majoritairement satisfait-e-s de leur adaptation professionnelle ou de leur reconversion.

  • Plus de 50% des abattoirs fixes ont fermé ou changé d’activité.

  • On n’a plus le droit de tuer des animaux au nom de la religion. La chasse et la corrida font partie du passé. Les cirques n’utilisent plus d’animaux. Les zoos ont été transformés.

  • La publicité spéciste est fortement amendée, voire interdite, y compris dans les écoles.

  • Le modèle animal dans l’expérimentation a disparu, excepté pour les humains consentants.

Bon nombre d’autres pays dans le monde devraient avoir adopté cette tendance, prenant parfois même de l’avance. Dans les puissances émergentes, à l’instar de la Chine, la production d'animaux actuellement en pleine croissance aura peut-être commencé à fléchir. Les Chinois auront-ils compris et accepté, en 2050, que le lait de vache consommé et présenté par les occidentaux comme un élixir de vie et de croissance n’est en réalité qu’un doux mensonge qui ne les a pas faits pour autant grandir de taille, et encore moins spirituellement ? Difficile à dire.

Si l’on ne parvient pas à faire changer les politiques publiques, les stratégies économiques et les habitudes de consommation d’une grande partie des habitants de notre planète, 2050 est un horizon pour les animaux, y compris humains, qui prendra sérieusement l’eau.

L’autre scénario sur lequel personne ne doit miser

Je ne souhaite pas m’y attarder. Mais si l’on ne parvient pas à faire changer les politiques publiques, les stratégies économiques et les habitudes de consommation d’une grande partie des habitants de notre planète, uniquement parce que trop de pouvoirs bien instaurés s’y seront opposés, 2050 est un horizon pour les animaux, y compris humains, qui prendra sérieusement l’eau. Car la destruction de notre habitat et des espèces peuplant la terre aura progressé à tel point qu’en 2050, on ne sera peut-être pas loin de l’effondrement.

De quoi faire pâlir les futures générations. Moi, je ne serai peut-être déjà plus là, mais mon fils aura potentiellement commencé à procréer, s’il en aura encore envie… En 2050, il aura 40 ans, connu l’engouffrement vers la sixième extinction des espèces, et peut-être aussi l’apogée de la libération animale. Quel siècle paradoxal !

Vous dire qu’on y arrivera, je ne sais pas, mais moi encore j'y crois.

Sources :

  • Rapport de l’IPBSES sur la biodiversité (Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services ÉcoSystémiques), mai 2019

  • Rapport de la FAO sur le changement climatique, novembre 2018

  • La Terre inhabitable, David Wallace-Wells, New York Magazine, juillet 2017

  • Déclaration de Cambrige sur la Conscience, juin 2012

  • Documentaire La planète lait, septembre 2017

  • Chiffres prévisionnels tirés de www.planetoscope.com

- dossier préparé par CL -

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