Initiative contre l’expérimentation animale : décodage

Mis à jour : 3 sept. 2019

Lancée à l’automne 2017 à Saint-Gall, l’initiative Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine – Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès a récolté suffisamment de signatures pour être soumise au peuple en votation fédérale. Notre point sur la situation.


Tissus et organes in vitro, cellules 3D, puces ADN, nouveaux procédés d’imagerie non-invasives (IRM, SPECT, PET) ou méta-analyses (analyse systématique des données d’études déjà menées) sont autant de méthodes alternatives à l’expérimentation animale qui ont d’ores et déjà prouvé leur efficacité et vers lesquelles il est souhaitable de se tourner. Pourtant, en 2017, 614’651 animaux ont été utilisés pour la recherche dans notre pays. Primates, chiens, chats, animaux de rente (vaches, etc.), petits rongeurs ou amphibiens servent bien malgré eux de cobayes aux industries pharmaceutiques ou laboratoires des hautes écoles.


En 2017, 614’651 animaux ont été utilisés pour la recherche dans notre pays.

Que dit le texte ?


Derrière un titre prometteur pour les animaux, il est important de bien comprendre ce que prévoit ce projet de loi. Tout d’abord, l’initiative vise aussi bien l’expérimentation animale qu’humaine. Les études cliniques menées actuellement sur des volontaires humains seraient donc interdites. Or, la recherche fonctionne ainsi : lors de la découverte d’une nouvelle molécule présentant un intérêt thérapeutique, la législation internationale impose d’effectuer une étude clinique en trois phases avant de pouvoir commercialiser et administrer le nouveau médicament (la phase 1 consiste à étudier son aspect toxicologique sur un petit nombre de personnes volontaires qui en reçoivent une faible dose afin de vérifier la présence ou l’absence d’effets secondaires ; si la première phase est concluante, la seconde permet d’administrer le produit à un petit groupe de malades, toujours volontaires ; en cas de succès, les tests sont dans un troisième temps étendus à un plus grand groupe).


En cas d’acceptation du nouveau texte, l’interdiction des essais cliniques (phase 1) sur ces volontaires empêcherait tout nouveau médicament d’être produit ou même importé en Suisse. La pilule risque de ne pas passer auprès de la population, avec la crainte de ne plus pouvoir bénéficier de nouveaux traitements.


Toujours permis de tuer des animaux pour la recherche


Par ailleurs, si le texte proposé souhaite épargner les animaux vivants, l’utilisation de cellules ou tissus d’animaux préalablement tués n’est pas abordée. La pratique, qui concerne actuellement la moitié des animaux utilisés dans la recherche, continuerait donc d’être autorisée et plusieurs centaines de milliers de vies animales seraient toujours sacrifiées chaque année dans notre pays.


Malgré une intention louable, un refus par le peuple ne fait aucun doute. Les industries pourront alors se targuer que les Suisses plébiscitent le maintien de l’expérimentation animale, ce qui risque bien de mettre à mal la tenue de débats et démarches futurs sur la question de son abolition.


L’intégralité du texte est consultable ici.

- CL -

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