antispéciste  planète  tourisme

share.png

Projet pour la conservation des dauphins en Inde

 

Ce projet vise à venir en aide au dauphin à bosse de l’Océan Indien à Goa, en Inde, espèce menacée par plusieurs dangers : pollution plastique, pollution sonore, enchevêtrement dans les filets, trafic maritime et tourisme d’observation de dauphins (dolphin watching), trop présent. C’est sur ce dernier point que ce projet se concentre.

Pour l’instant, nous ne sommes pas soutenus financièrement par des acteurs gouvernementaux. La première phase du projet a été financée grâce à des événements caritatifs en Suisse et une plateforme de crowdfunding. Nous avons encore besoin de fonds pour qu’il puisse se développer dans les meilleures conditions. N’hésitez pas à faire un don !

 Par qui ?

 

La Swiss Cetacean Society-SCS ou Société suisse d’étude et de protection des cétacés est une organisation environnementale à but non lucratif vouée à la conservation des mammifères marins. En tant que spécialiste en écotourisme de faune marine et luttant pour la cause animale, je chapeaute ce projet SCS. Je travaille actuellement à Goa avec un partenaire local, l’organisation Terra Conscious, qui gère plusieurs projets de conservation pour l’environnement marin et a déjà travaillé avec les opérateurs de dolphin watching pour les sensibiliser au bien-être des dauphins.  

      

 Le problème

 

Lorsqu’il est mal régulé, le tourisme d’observation de cétacés génère des nuisances pour les animaux, qui peuvent leur provoquer stress, blessures physiques, dérangement ou changement du comportement naturel. Sur le long terme, cela peut engendrer une diminution des populations et mettre en péril certaines espèces menacées. Par exemple, si un groupe de dauphins occupant un territoire bien précis est constamment dérangé lors de sa période de repos par des bateaux touristiques bruyants qui s’en approchent de trop près, ce groupe finira par se retrouver en état d’épuisement, ce qui le rendra moins performant pour des activités importantes de chasse, de socialisation ou d’accouplement.

Les résultats d’une étude sur l’observation des dauphins au Nord de Goa, menée par WWF India en 2016, ont montré que la plupart des opérateurs de dolphin watching effectueraient des manœuvres stressantes et dangereuses pour les animaux, comme couper la trajectoire du dauphin, poursuivre l’animal, encercler des groupes ou individus ou ne pas couper le moteur lorsque les dauphins sont proches du bateau. De plus, aucun des opérateurs ne fournit d’informations aux touristes pour les sensibiliser sur les dauphins et leur environnement.

Exemple de bateau trop proche des dauphins et sur le point de leur couper la route.

 

Un des autres projets de Terra Conscious : éduquer les garde-côtes sur comment réagir lors d’échouages d’animaux marins. Il est fort possible que les nombreux échouages de dauphins ces deux dernières années soient dus au stress des animaux engendré par les nombreuses activités humaines dont le dolphin watching fait partie.

L’espèce en question, le dauphin à bosse de l’Océan Indien (Sousa plumbea), peut mesurer jusqu’à 2,80 mètres de long et peser 280 kg. Il est classé comme une espèce en danger par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Ce dauphin, comme toutes les espèces de dauphins à bosse, est un cétacé côtier. Leur distribution dans les eaux peu profondes à un ou deux kilomètres des plages le rend donc très vulnérable aux activités récréatives et commerciales. Les humains partageant le même territoire que cette espèce, ils empiètent sur les activités et les proies des dauphins.

 Le lieu

Goa est une destination hautement touristique, où les visiteurs viennent surtout pour la plage, les fêtes et l’alcool. Cependant, Goa est également un lieu où la nature est très présente : oiseaux, grands félins, singes, crocodiles, tortues et bien entendu le dauphin à bosse. Ce tourisme très prisé, notamment sur les plages, nuit à la faune locale. En dehors du dauphin, nous pouvons citer les tortues qui viennent pondre ou celles qui viennent de naître, dérangées par les lumières clignotantes la nuit qui leur amène des difficultés à s’orienter.

Les plages, bondées la journée et très bruyantes la nuit, posent problème à la faune locale.

Sur certaines plages, un très grand nombre de bateaux de dolphin watching opèrent plusieurs fois par jour.

 La solution proposée

 

Pour limiter ces impacts du dolphin watching, le projet vise à réguler ce genre de tourisme en proposant des formations, workshops et entraînements spécifiques aux opérateurs à Goa. Grâce à cela, ils pourront comprendre comment continuer leur activité économique tout en respectant les cétacés et en ayant moins d’impact sur eux. Lors de ces workshops, nous leurs apprenons les bases d’un code de bonne conduite et, s’ils suivent la formation et respectent le code, ils pourront recevoir un écolabel.

Le code de bonne conduite consiste en plusieurs règles pour approcher les cétacés de manière éthique et responsable. Par exemple, lorsqu’un dauphin est aperçu, il faut en tout premier lieu couper le moteur afin d’éviter toute pollution sonore, à laquelle les cétacés sont très sensibles. Certaines manœuvres, comme le fait de poursuivre un cétacé, d’encercler des individus avec plusieurs bateaux ou de leur couper la route, sont interdites. De plus, une certaine distance (environ 100 mètres) entre le bateau et l’animal doit également être respectée. Si le dauphin décide de s’approcher d’un bateau, il faut s’assurer que le moteur soit coupé et que les passagers restent silencieux.

À gauche, un exemple de la situation actuelle : de nombreux bateaux encerclant les dauphins, s’approchant trop près et leur coupant parfois la trajectoire. À droite, un exemple d’approche moins stressante pour les animaux : des bateaux groupés, respectant une certaine distance et évitant toute manœuvre dangereuse pour les dauphins.

Le but de ce projet est également de sensibiliser les touristes sur le tourisme responsable et éthique. En effet, certains touristes ne sont pas conscients que ce genre d’activité peut nuire aux animaux, d’où l’importance de choisir des opérateurs certifiés qui respectent les animaux. De plus, des workshops sont également organisés avec plusieurs parties prenantes à Goa, comme le département du tourisme, le département de l’environnement, les agents touristiques et certains hôtels, pour sensibiliser un maximum d’acteurs sur le tourisme éthique et responsable.

 Les changements attendus

Bien que le projet se concentre sur la conservation du dauphin à bosse, d’autres effets positifs sont à noter :

  • Avantage pour l’environnement : moins de nuisances sonores, moins de stress et de dérangement pour les animaux, moins d'essence utilisée donc moins de pollution.

  • Avantage pour les touristes : ceux-ci bénéficieront d’une meilleure qualité de services grâce à l’éducation sur la faune et la flore et son environnement dispensée par un guide formé. Le consommateur aura également confiance en une activité approuvée par une organisation internationale et se sentira éco-responsable dans son choix.

  • Avantage pour les opérateurs : en arrêtant de poursuivre les dauphins, les opérateurs économiseront du carburant, ce qui crée un avantage économique. Il y a aussi un avantage commercial, car les opérateurs labellisés peuvent se distinguer des autres. De plus, nos enquêtes ont démontré que la plupart des touristes seraient prêts à payer quatre fois plus cher pour du dolphin watching certifié et suivant un code de bonne conduite.

  • Sensibilisation générale : l’écolabel peut être utilisé comme un outil de sensibilisation du public au tourisme responsable pour la faune sauvage ou au tourisme durable en général.

 

Cette vidéo montre le travail de sensibilisation accompli par Terra Conscious auprès de huit opérateurs de dolphin watching. Le projet actuel permettra d’étendre la sensibilisation sur tout Goa, avec l’aide de la Swiss Cetacean Society et les dons du public.

 

Ivan Martin, mai 2019

terra.jpg
SCS.png

© 2019