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INDUSTRIE AVICOLE ET BROYAGE DES POUSSINS

Chaque année, près de 2,3 millions de poussins mâles sont tués en Suisse. Comment le sort de ces victimes de l’industrie est-il légiféré ? Quelles méthodes sont-elles admises et quels sont les changements à venir ?

Naître pour mourir

Comme nous l’expliquions dans l’article La volaille et sa production, les œufs fécondés proviennent d’élevages spéciaux de poules et de coqs que l’on appelle les « parentaux ». Les œufs à peine pondus sont transportés vers des centres de couveuses et d’éclosoirs où ils vont être triés, nettoyés et désinfectés. Les œufs abîmés ou fissurés sont éliminés. Ils sont ensuite transférés dans des couveuses dans lesquelles ils vont rester 18 jours à une température et une humidité parfaitement calculées, afin de synchroniser leur cycle et que l’éclosion se passe simultanément.

Environ trois jours avant la date prévue d’éclosion, les œufs sont transférés dans des éclosoirs. Pour stimuler l’éclosion, on augmente le taux de CO2 dans l’éclosoir, ce qui crée un sentiment d’étouffement pour le poussin et le pousse à sortir de sa coquille. Une fois les poussins éclos, on procède au triage : les poussins femelles « de bonne qualité » sont sélectionnés par les trieurs de poussins et sont distribués dans des cagettes de 100 poussins chacune. Les poussins mâles, les plus faibles, morts ou mal formés, ou ceux qui ont l’ombilic mal cicatrisé, sont mis dans des cagettes à part pour être ensuite gazés au CO2.


Le CO2 est utilisé pour faire perdre conscience avant la mise à mort. Or, il n’endort qu’une fois un certain taux de concentration dans le sang franchi. Avant d’atteindre ce seuil, ce gaz excitant provoque un sentiment d’étouffement au fur et à mesure que sa concentration sanguine augmente. Pendant le gazage, les poussins passent pas moins de 30 secondes à agoniser et se débattre avant de finalement s’endormir.

Les poussins dans la loi


Le petit de la poule domestique est considéré comme un « poussin » jusqu’à la fin de la dixième semaine de vie. Comme nous l’avons vu dans l’article La poule, cet être si mal compris, les poules de lignées parentales se font monter par les coqs à une fréquence telle que les serres de ceux-ci les déplument et leur lacèrent le dos, au prix d’une grande souffrance. Pour pallier à ce problème, la loi prévoit l’autorisation de pratiquer le rognage des doigts et des ergots des poussins mâles de ces lignées-là, toutefois sans prescription d’anesthésie au préalable (Art. 15, al. 2, let. d, OPAn).


En Suisse, les « embryons des rebuts de couvoir » (!) et les poussins ne doivent être mis à mort qu’au moyen de méthodes à action rapide comme l’« homogénéisation » ou l'utilisation d'un « mélange de gaz approprié » (Art. 178a, al. 3, OPAn), communément appelées « broyage » et « gazage ».

Contrairement à leurs mères qui sont entassées au nombre de 7 par mètre carré, les poussins peuvent se retrouver jusqu’à 15 sur la même surface, soit plus du double. Dans les cages de transport, un poussin d’un jour dispose d’un minuscule espace de 21 centimètres carrés.

Vers une interdiction ?

Nous l’avons compris, la solution la plus profitable à l’industrie avicole reste aujourd’hui la mise à mort des poussins mâles. Ne pondant pas d’œufs et trop chétifs pour fabriquer assez de masse musculaire et donc être consommés, ils sont considérés comme des déchets et se retrouvent par exemple dans la nourriture destinée à nos chers animaux de compagnie, sous forme de farine notamment.


Le 1er février 2019, nous apprenons qu’une motion a été déposée par une commission du Conseil national, avec pour objet l’interdiction du broyage des poussins vivants, avec 13 voix contre 7. C’est d’ailleurs la seule proposition qui n’a pas été rejetée parmi celles, entre autres, de l’importation de fourrure en Suisse. Le texte charge le Conseil fédéral de modifier l’Ordonnance sur la protection des animaux (OPAn). Affaire à suivre.

Alternatives au broyage


Plusieurs entreprises se sont lancé le défi d’élaborer de nouvelles techniques pour éviter le broyage de ces millions de poussins chaque année. La première idée serait de trouver une utilité à ces poussins, comme créer une nouvelle lignée de coqs dont on pourrait manger la viande. Mais l’optimisation totale de cette technique est presque impossible. En effet, le génome et la race de chaque lignée sont prévus pour qu’une caractéristique spécifique soit mise en avant, afin de la rendre la plus rentable possible. À titre d’exemple, les parentales des poules pondeuses ont été croisées de manière à ce que la production d’œufs soit renforcée, au détriment de la prise de masse musculaire, et inversement pour la lignée de poulets à chair (voir notre article La volaille et sa production).


Récemment, une université allemande a mis au point une technique appelée « spectrométrie » ou méthode « in ovo » : le but est de connaître le sexe des embryons et de détruire les œufs avant leur éclosion. Le tri entre mâles et femelles ne se ferait donc plus sur des poussins vivants.

Petite victoire pour les animalistes


Si certaines méthodes commencent doucement à émerger pour réduire massivement la souffrance animale, il y a encore du chemin à faire dans ce domaine. Les associations craignent que ces nouvelles techniques ne suffisent toujours pas à épargner les milliers de poussins mal formés, blessés ou malades qui ne pourront pas être repérés à même l’œuf. Même si cela n’abolit pas la souffrance des poules pondeuses mêmes, l’initiative laisse entrevoir l’espoir que le bien-être animal commence à être pris en compte par la population Suisse et son gouvernement.

 

Sarah Lopez, février 2019

Sources :

  • Articles de presse

  • OPAn sur les poussins

VERS UNE INTERDICTION ?

Initiative contre l’expérimentation animale

Lancée à l’automne 2017 à Saint-Gall, l’initiative « Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine – Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès » a récolté suffisamment de signatures pour être soumise au peuple en votation fédérale.

 

Point sur la situation

Tissus et organes in vitro, cellules 3D, puces ADN, nouveaux procédés d’imagerie non-invasives (IRM, SPECT, PET) ou méta-analyses (analyse systématique des données d’études déjà menées) sont autant de méthodes alternatives à l’expérimentation animale qui ont d’ores et déjà prouvé leur efficacité et vers lesquelles il est souhaitable de se tourner. Pourtant, en 2017, 614’651 animaux ont été utilisés pour la recherche dans notre pays. Primates, chiens, chats, animaux de rente (vaches, etc.), petits rongeurs ou amphibiens servent bien malgré eux de cobayes aux industries pharmaceutiques ou laboratoires des hautes écoles.

Que dit le texte ?

Derrière un titre prometteur pour les animaux, il est important de bien comprendre ce que prévoit ce projet de loi. Tout d’abord, l’initiative vise aussi bien l’expérimentation animale qu’humaine. Les études cliniques menées actuellement sur des volontaires humains seraient donc interdites. Or, la recherche fonctionne ainsi : lors de la découverte d’une nouvelle molécule présentant un intérêt thérapeutique, la législation internationale impose d’effectuer une étude clinique en trois phases avant de pouvoir commercialiser et administrer le nouveau médicament (la phase 1 consiste à étudier son aspect toxicologique sur un petit nombre de personnes volontaires qui en reçoivent une faible dose afin de vérifier la présence ou l’absence d’effets secondaires ; si la première phase est concluante, la seconde permet d’administrer le produit à un petit groupe de malades, toujours volontaires ; en cas de succès, les tests sont dans un troisième temps étendus à un plus grand groupe).

En cas d’acceptation du nouveau texte, l’interdiction des essais cliniques (phase 1) sur ces volontaires empêcherait tout nouveau médicament d’être produit ou même importé en Suisse. La pilule risque de ne pas passer auprès de la population, avec la crainte de ne plus pouvoir bénéficier de nouveaux traitements.

Toujours permis de tuer des animaux pour la recherche

Par ailleurs, si le texte proposé souhaite épargner les animaux vivants, l’utilisation de cellules ou tissus d’animaux préalablement tués n’est pas abordée. La pratique, qui concerne actuellement la moitié des animaux utilisés dans la recherche, continuerait donc d’être autorisée et plusieurs centaines de milliers de vies animales seraient toujours sacrifiées chaque année dans notre pays.

Malgré une intention louable, un refus par le peuple ne fait aucun doute. Les industries pourront alors se targuer que les Suisses plébiscitent le maintien de l’expérimentation animale, ce qui risque bien de mettre à mal la tenue de débats et démarches futurs sur la question de son abolition.

L’intégralité du texte est consultable ici.

 

Céline Liberale, janvier 2019

décodage

initiative sur les « Vaches à cornes »

L’écornage en Suisse

L’écornage est une intervention visant à empêcher les cornes de pousser chez un animal en possédant naturellement. Il est principalement effectué sur les vaches, mais également les chèvres, moutons et autres animaux à cornes, à l’exception des buffles et des yaks pour lesquels cette intervention est formellement interdite (Art.17n OPAn). En effet, chez ces derniers, les cornes auraient une réelle fonction physiologique de thermorégulation et l’ablation de celles-ci pourraient avoir des conséquences néfastes sur la vie de l’animal, chose qui n’est pas prouvée chez les autres bovins. En revanche, la (non) possession de cornes a une influence marquée sur le comportement social des animaux. Une vache à cornes s’en sent fière et est plus apte à les utiliser en cas de conflit, mais pas seulement : en tant qu’animaux affectifs et sensibles, les vaches entretiennent de véritables relations amicales entre elles et peuvent se servir de leurs cornes pour gratter leurs congénères en signe d’affection.

L’écornage est la norme en Suisse : seules 10% des vaches portent encore des cornes, toutes les autres étant écornées dès les premières semaines de vie ou même nées sans cornes. Cette intervention est en général menée sur les veaux. L’écornage est effectué sur des vaches adultes uniquement en cas d’urgence, car souvent traumatique pour l’animal. Les méthodes principales d’écornage sont la cautérisation (destruction de cellules ou de tissus basée sur l’utilisation de la chaleur ou de produit chimique) et la combustion à l’aide de pastilles combustibles. Néanmoins, il est interdit d’utiliser des anneaux élastiques et des substances corrosives pour l’écornage ou l’ablation du cornillon (OPAn Art.17 let.c), tout comme pour les chèvres et les moutons (OPAn Art.19 let.a).

 

En tant qu’intervention douloureuse, l’écornage ne peut être pratiqué que sous anesthésie générale ou locale par une personne compétente (LPA Art. 16). En plus de cela, des anti-inflammatoires sont administrés afin que la douleur n’apparaisse pas à la fin de l’opération. Malgré cela, certaines études ont prouvé que les veaux souffraient tout de même quelques semaines après l’intervention, ce qui peut notamment mener à des troubles du comportement tels que l’alimentation.

 

Cette opération ne nécessite pas les compétences d’un médecin vétérinaire. Ainsi, les détenteurs d’animaux sont autorisés à pratiquer l’écornage dès lors qu’ils fournissent une attestation de compétences reconnues et qu’ils sont enregistrés auprès de l’autorité cantonale (OPAn, Art.32 al.2). Cette opération ne peut être faite par le détenteur d’animaux qu’au cours des trois premières semaines de vie de l’animal et uniquement s’il s’agit d’animaux de sa propre exploitation (OPAn, Art.32 al.1).

Conséquences sur le terrain

 

Les vaches à cornes demandent des adaptations au niveau de la gestion des établissements et du troupeau. En effet, en stabulation libre, les animaux ont besoin de plus d’espace que des animaux sans cornes. Les mangeoires doivent être optimisées pour que la tête de la vache puisse passer entre les barreaux et la largeur des places à la mangeoire doit être agrandie. De plus, les relations des vaches entre elles sont à observer, particulièrement lors de l’intégration d’un nouvel individu dans le troupeau, afin d’éviter tout conflit et/ou blessures. D’autre part, les bovins ne doivent pas être attachés par les cornes ou par la boucle nasale, ni au moyen de ficelles (OPAn, Art.160).

 

Condition essentielle pour que l’élevage de vaches à cornes se passe dans les meilleures conditions, l’éleveur doit entretenir une excellente relation avec ses animaux, sans laquelle des blessures sont inévitables.

L’initiative

 

Si l’initiative « Pour la dignité des animaux de rente agricoles (dite pour les vaches à cornes) » avait été acceptée par la population Suisse, la Constitution fédérale aurait été complétée comme suit (en gras) :

 

Art.104, al.3, let.b

3 Elle [la Confédération] conçoit les mesures de sorte que l’agriculture réponde à ses multiples fonctions. Ses compétences et ses tâches sont notamment les suivantes :

b. elle encourage, au moyen de mesures incitatives présentant un intérêt économique, les formes d’exploitation particulièrement en accord avec la nature et respectueuses de l’environnement et des animaux ; ce faisant, elle veille en particulier à ce que les détenteurs de vaches, de taureaux reproducteurs, de chèvres et de boucs reproducteurs soient soutenus financièrement tant que les animaux adultes portent leurs cornes.

Si l’initiative « Vaches à cornes » ne réclamait pas l’interdiction de l’écornage, elle visait tout du moins à encourager les éleveurs à laisser leurs cornes aux vaches en les dédommageant des dépenses nécessaires à l’adaptation de leurs installations pour l’élevage d’animaux à cornes, comme citées ci-dessus. Le peuple suisse a voté le 25 novembre 2018 et bien que l’initiative ait été rejetée, la décision n’a pas été unanime. Seuls 54,7% des Suisses se sont opposés à l’initiative, contre 45,3% de votes favorables ; un bulletin de vote que les défenseurs des droits animaux eux-mêmes ont trouvé difficile à remplir. Voyons ce qui a tant divisé les antispécistes dans la prise de cette décision.

 

Arguments en faveur de l’initiative

  • L’écornage est une mutilation et une atteinte à la morphologie de l’animal. L’homme, n’étant pas supérieur aux autres espèces animales, n’a aucun droit d’intervenir sur la nature en la modifiant pour son propre confort et dans son seul intérêt. Si la vache pouvait parler, inutile de dire que leur réponse à la question « voudrais-tu que l’on t’enlève tes cornes ? » serait non. L’écornage est une question essentiellement anthropocentrique : l’homme retire ses cornes à une vache pour se protéger lui-même de blessures.

  • L’écornage est douloureux, pas seulement pendant l’opération, mais aussi pendant les semaines – voire les mois – qui suivent, ce qui affecte très probablement la vie des veaux de manière négative et porte atteinte à leur bien-être.

  • L’initiative n’est pas parfaite, mais elle peut représenter un premier pas dans la question du bien-être animal. Plus ce genre d’initiatives est accepté, plus d’autres émergeront, pour peut-être un jour atteindre cet idéal qu’est l’abolition de l’élevage (de masse) pour le respect des animaux.

 

Arguments contre l’initiative

  • L’exploitation, c’est de l’exploitation. Le fait pour une personne végane de ne pas acheter de produits animaux au quotidien montre une volonté de ne pas soutenir cette industrie peu importe à quoi elle ressemble. Un financement dans le domaine de l’élevage contredirait cette volonté de ne pas participer à l’exploitation d’êtres sentients en vue de leur abattage. Ce que souhaite finalement un antispéciste abolitionniste, ce ne sont pas de plus belles ou de plus grandes cages, mais bien la disparition de ces cages, donc la fin de l’exploitation animale.

  • Il n’y a aucune raison de subventionner un comportement « normal » avec les animaux. Leur laisser toutes les parties de leur corps devrait être une évidence et non une source de récompense.

  • Les espaces sont trop petits et les vaches pourraient se blesser entre elles par manque de place si elles avaient des cornes.

  • Si la fait de laisser leurs cornes aux vaches contribue à leur bien-être, nombres d’entre elles vont devoir être tenues à l’attache pour des raisons de sécurité et par manque de place. Cela est contre-productif et nuit au bien-être de l’animal, tout autant que les douleurs causées par l’écornage.

  • Le financement additionnel pour les éleveurs de vaches à cornes supposerait de faire des économies dans d’autres domaines de l’agriculture, comme la subvention faite aux éleveurs qui détiennent des animaux en stabulation libre plutôt qu’à l’attache, ce qui nuirait également au bien-être des animaux d’élevage.

 

« C’est un peu comme choisir le mieux du pire, en gros »

S’il est indiscutable que les antispécistes s’opposent fondamentalement à l’écornage, il n’a pas été si évident de répondre à l’initiative en question. Si pour les uns le bien-être des animaux passe avant tout, d’autres sont plus critiques et estiment que c’est une subvention qui n’a pas lieu d’être, affirmant que l’exploitation sous toutes ses formes n’a d’autre destin que d’être purement et simplement abolie. Dans le cas qui nous occupe, les antispécistes n’ont pas dû choisir le bien, mais plutôt « le mieux du pire ».

 

Sarah Lopez, décembre 2018

Sources : 

  • Constitution fédérale de la Confédération suisse

  • LPA

  • OPAn

  • « Ethologie und Tierhaltung: Rinder » de Nina Keil & Katharina Friedli

  • www.hornkuh.ch

  • Débats sur les groupes facebook menés par des véganes

avis mitigés parmi les antispécistes

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