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La volaille et sa production

 

 Qu’est-ce que la volaille ?

Deuxième viande la plus consommée en Suisse après la viande de porc, la volaille constitue une partie considérable de nos assiettes. En effet, notre consommation annuelle de chair de volaille s’élève en moyenne à 12 kg et celle de ses œufs à 175 par habitant. Notons par ailleurs que 45% de la viande de volaille consommée en Suisse est importée de l'étranger. Mais qu’est-ce que l’on entend par volaille au juste ?

Selon la Loi sur la Protection des Animaux (LPA), la volaille que l’on élève pour la consommation humaine est classée dans la catégorie des animaux domestiques, par opposition aux animaux sauvages. En plus des poules, qui représentent la majorité de la volaille en Suisse, on compte également les dindes, les pintades, les oies et canards domestiques, dont l’importance de l’élevage est considérablement moindre. Nous nous concentrerons dans cet article sur les poules dites « de rente » par opposition aux poules que l’on peut détenir à titre privé.

On trouve en Suisse essentiellement les élevages suivants : poules pondeuses (brunes ou blanches), poulets « à chair » (aussi « volaille à engrais ») et leur lignée parentale respective. Les parentaux sont des poussins importés d’Allemagne ou des Pays-Bas, issus de la sélection des « grands-parentaux » qui sont élevées et croisées pour avoir un rendu génétique le plus rentable qui soit, chaque lignée pour sa fonction respective (la viande et les œufs).

Chez nous, les exploitations d’élevage en plein air et d’élevage au sol peuvent détenir au maximum 18’000 poules pondeuses (OEM, Ordonnance sur les Effectifs Maximum). Dans le cas des exploitations bio, la valeur maximale est limitée à 4’000 poules pondeuses (directives de Bio Suisse).

 Que dit la loi ?

En Suisse, c’est l’Ordonnance sur la Protection des Animaux (l’OPAn) qui pose le cadre légal concernant l’élevage de volaille. Celui-ci ne se réfère qu’aux structures intérieures et non aux jardins d’hiver ni à l’espace en plein air. Si l’OPAn définit un certain espace par animal comme obligatoire, celui-ci devra être respecté au sein même du poulailler intérieur, tout le reste n’étant qu’un extra.

La poule étant considérée comme animal domestique, les dispositions générales de l’ordonnance ou de la Loi sur la protection des animaux (LPA) s’appliquent également à elle, comme l’interdiction d’infliger des souffrances et des maux à un animal de manière injustifiée (art. 4, al. 2, LPA).

Dans l’élevage, chaque mètre carré compte : le nombre maximum de poules pondeuses par mètre carré est fixé à 7, ce qui représente une surface d’environ 50x70 cm pour chaque poule pour bouger. Puisqu’un poulet passe d’un poussin de quelques à grammes à un poulet de 2 kg prêt à l’abattage en un peu plus d’un mois seulement, la surface est répartie selon le poids de l’animal et non plus par son nombre : la limite légale d’entassement des poulets est de 30 kg/m2 en Suisse (ann. 1, tabl. 9-1, OPAn) contre 42 en Europe, et 45 aux USA.

L’espace en poulailler est également très structuré : il doit contenir des dispositifs d’alimentation et d’abreuvement appropriés avec un certain espace d’accès par poule (une largeur de 3 cm d’accès à la nourriture par poule aux automates circulaires et de 1,5 cm pour l’accès à l’eau si ce sont des abreuvoirs circulaires). De plus, 20% de la surface au sol sur laquelle les animaux peuvent se déplacer doivent être recouverts d’une litière (art. 66, al. 2, OPAn) de manière à ce que les animaux puissent exprimer les différents modes de leur comportement naturel : chercher leur nourriture, gratter, picorer, prendre des bains de sable, dormir en hauteur, etc. (voir article La poule, cet être si mal compris).

Les perchoirs sont un élément essentiel au bien-être de la poule : chacune d’entre elle doit y disposer de 14 cm de largeur et les perchoirs doivent se trouver à plus de 50 cm du sol afin de leur conférer une sécurité durant leur sommeil (ann. 1, tabl. 9-1, OPAn). Du côté des poules pondeuses, la loi prévoit un nid individuel pour 5 poules ou un mètre carré de nid de groupe pour 100 poules (en admettant qu’elles n’iront pas toutes déposer leurs œufs au même moment).

C’est du côté du climat et de la luminosité que tout se joue pour la performance de ponte. En Suisse, non seulement l’obscurité permanente est interdite et la lumière du jour prescrite dans les locaux où les animaux séjournent le plus souvent (art. 33, al. 1-2, OPAn), mais il est en plus permis d’y maintenir une certaine intensité lumineuse artificielle même pendant la phase d’obscurité afin d’optimiser le rendement de ponte (art. 67, OPAn). Il est également autorisé de renoncer à la lumière du jour si le phénomène de cannibalisme se manifeste, ce qui s’avère ne pas être un cas isolé.

Il y a également dérogation à la règle pour ce qui est des interventions douloureuses chez les poules. S’il est interdit de couper le bec (art. 20, let. a, OPAn), son épointage est quant à lui admis et sans nécessité d’anesthésie préalable (art. 15, al. 2, let. c). En effet, cela diminuerait le risque de blessure alors que le phénomène de picage est très répandu chez la volaille. Sont également interdits le coupage des excroissances de la tête et des ailes, la pose de lunettes qui empêchent la fermeture du bec ou encore la privation d’eau pour la provocation de la mue. Le gavage est interdit en Suisse depuis plus de 40 ans (même si l’importation de son produit, le foie gras, est encore admise) et le plumage ne peut se faire que si l’animal est mort (Art. 20, OPAn).

Enfin, lorsqu’une poule a pondu environ 320 œufs ou que les poulets d’engraissement ont atteint l’âge fatidique de 37 jours, vient l’heure de leur remplacement au poulailler. Et puisque l’abattage ne peut se faire sans étourdissement au préalable (art. 21, al. 1, LPA), la loi prévoit comme méthodes autorisées le bain d’électricité, la tige perforante, le gazage et même « un coup puissant sur la tête avec un instrument non-tranchant » (art. 179a, al. 1, let. f, OPAn).

 

 En bref

En résumé, la détention des quelque 11 millions de poules qu’exploite l’industrie agroalimentaire suisse est légiférée dans les moindres détails. La volonté de respecter les besoins naturels de cet animal comme la prescription de perchoirs, de nids ou de litière est évident. Néanmoins, les phénomènes de picage et de cannibalisme mentionnés sont manifestement un signe de mal-être chez l’animal, que la législation peine à faire disparaître. Si les recherches se poursuivent en Suisse pour l’amélioration des installations, il est fort probable que le fond du problème ne soit pas la forme, mais bel et bien les conditions de densité extrêmes auxquelles font face ces animaux ne vivant d’habitude qu’en groupe très restreint…

Sarah Lopez, janvier 2019

Sources :

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