2050 : que s’est-il passé en 30 ans pour les animaux ?

Mis à jour : 3 sept 2019

La réponse de Malou Amselek Jaquet et François Jaquet Amselek.


Nous avons posé la question à différents acteurs de la cause animale, qui se sont prêtés à cet exercice d’anticipation avec habileté et créativité. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir le récit de Malou Amselek Jaquet, militante antispéciste et François Jaquet Amselek, philosophe.

Chiens et chats n’ont plus de maîtres mais des compagnons humains, que la loi contraint à passer un permis d’adoption incluant une évaluation de leurs compétences en soins animaliers.

Pour les animaux, tous les humains ne sont plus des nazis. La plupart des pays ont aboli le statut de propriété des bêtes. En Suisse, un tribunal des affaires animales a d’ailleurs été créé, où les intérêts de nos cousins à poils et à plumes sont représentés par des avocats spécialisés. Chiens et chats n’ont plus de maîtres mais des compagnons humains, que la loi contraint à passer un permis d’adoption incluant une évaluation de leurs compétences en soins animaliers. Dans les zoos et les delphinariums, les animaux ont laissé la place à des projections holographiques plus vraies que nature. Dans les laboratoires, les cellules souches et les modélisations informatiques ont remplacé les cobayes. Enfin, les abattoirs ont été fermés, il y a une quinzaine d’années. Sur les étals, la viande in vitro s’est substituée à sa variante in vivo. Mais qu’en est-il des animaux autrefois dits de rente ? Ont-ils disparu, voyant leur existence sacrifiée sur l’autel d’une idéologie qui prétendait les défendre ? Que nenni : ils travaillent avec les humains, en écopâturage.

En clair, vaches, moutons et poules assurent joyeusement l’entretien des espaces verts publics ou privés, tels que les écoles, les parcs et les jardins. Leur travail (mêlé de plaisir) consiste essentiellement à s’en mettre plein la panse en défrichant les terrains sur lesquels ils sont placés. Un berger est garant de leur sécurité et de leur bien-être. Chaque jour, il leur fournit de quoi s’abreuver et s’assure de leur épanouissement psychique. Pour ce faire, il interprète leurs comportements en s’appuyant sur les données de la zoopsychologie, qui a depuis longtemps supplanté la télépathie animale.

Vaches, moutons et poules assurent joyeusement l’entretien des espaces verts publics ou privés, tels que les écoles, les parcs et les jardins. Leur travail (mêlé de plaisir) consiste essentiellement à s’en mettre plein la panse en défrichant les terrains sur lesquels ils sont placés.

Pratique ancestrale – que les historiens font remonter jusqu’au néolithique –, l’écopâturage avait connu un timide regain d’intérêt en 2012. Mais c’est au début des années 2020 qu’il s’est soudain répandu dans des proportions jusqu’alors insoupçonnées. Suite à une montée en puissance de l’activisme antispéciste, les libérations d’animaux s’étaient multipliées. Pris d’assaut par ces nouvelles demandes d’asile, les sanctuaires pourtant de plus en plus nombreux n’étaient bientôt plus en mesure d’accueillir tous les rescapés. Il fallait trouver une solution.

Celle-ci vint des animaux. Un soir de l’été 2022, un troupeau de moutons à viande s’échappa de son enclos situé en campagne genevoise pour migrer vers la ville. Trouvant l’herbe d’un parc à leur goût, les ovins se mirent spontanément à débroussailler les zones en friche. La Ville de Genève y trouva son compte. Et pour cause : ces employés modèles se satisfaisaient d’un salaire en nature pour effectuer une tâche qui avait toujours nécessité carburant et main d’œuvre. Sans parler du fait que leurs selles fertilisaient les sols. La pratique eut ainsi vite fait de se généraliser à d’autres espèces, et à d’autres lieux.

Incrédules à l’idée que ces nouveaux copains de récréation auraient aussi bien pu finir dans leur assiette, les enfants développèrent à leur égard une empathie nouvelle.

La présence de ces animaux en milieu urbain provoqua une véritable prise de conscience collective. Déjà sensible aux arguments antispécistes, l’opinion publique ne pouvait plus ignorer ces individus qu’elle côtoyait maintenant quotidiennement. Incrédules à l’idée que ces nouveaux copains de récréation auraient aussi bien pu finir dans leur assiette, les enfants développèrent à leur égard une empathie nouvelle. Rapidement, les menus végétariens connurent un succès grandissant dans les cantines. La génération était née qui devait abolir le meurtre des animaux.

Rétrospectivement, qui n’est pas fier d’avoir mis fin au zoolocauste ? Parfois jusqu’à l’absurde. Entre deux bouchées de foie gras cultivé, Jocelyne Porcher aurait ainsi déclaré, au sujet de l’écopâturage : Le travail avec les animaux, j’en parlais déjà dans Vivre avec les animaux ! D’ailleurs, Win Krimlinka aimait beaucoup mon travail. Réinterrogé à ce sujet, Will Kymlicka maintient sa version des faits : il ne sait pas qui est cette personne. Cette prétention d’affinité intellectuelle n’a toutefois rien d’étonnant. Car une chose est certaine : Zoopolis (voir notre recension, ndr) aura remarquablement anticipé l’avènement d’une société post-spéciste.

- dossier préparé par CL -

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