Boucherie Abolition, une lutte sans merci pour les victimes du spécisme

Mis à jour : 3 sept. 2019

FRANCE Avec des actions et discours qui ne font pas dans la demi-mesure, Boucherie Abolition suscite réactions et interrogations jusque dans le milieu antispéciste. Nous avons rencontré Vincent Aubry, porte-parole du collectif, afin de mieux comprendre leur démarche.

Des membres de BA dénoncent le sexospécisme lors d’une action anti-porno.

Comment est né le collectif Boucherie Abolition et quelle est sa mission ?

Vincent Aubry : Il est né fin 2016. Notre objectif est clair, l’abolition universelle de l’esclavage nommé élevage et de la zoophagie.

Vous utilisez un vocabulaire spécifique (néologismes, lexique de guerre) et communiquez de manière très virulente. Quel effet escomptez-vous provoquer ?

Nous ne recherchons pas d’effet particulier, nous ne faisons que nommer la réalité comme elle devrait l’être. L’édulcorer, c’est trahir les victimes, utiliser les termes de propagande spéciste, c’est la propager. Nous ne pourrons pas faire tomber l’ennemi en utilisant son propre vocabulaire.

Nous ne faisons que nommer la réalité comme elle devrait l’être. L’édulcorer, c’est trahir les victimes. Nous n’avons pas vocation à sensibiliser le grand public, nous souhaitons nous attaquer frontalement à l’industrie criminelle spéciste, nommer ses pratiques, les individus qui les perpétuent.

Il faut bien comprendre que nous n’avons pas vocation à sensibiliser le grand public, nous souhaitons nous attaquer frontalement à l’industrie criminelle spéciste, nommer ses pratiques, les individus qui les perpétuent, et malheureusement nous sommes quasiment les seul-e-s à le faire.

Concernant les néologismes, l’horreur de l’élevage est telle que les mots qui la décrivent n’existent même pas, il est donc logique de devoir les inventer.

Vous qualifiez également de boucherie les oppressions subies par les femmes. Comment la lutte féministe rejoint-elle la cause animale selon toi ?

L’antispécisme est une lutte de justice qui a étendu son cercle aux autres espèces. De la même manière, si le féminisme étend son cercle, il doit inclure toutes les autres femelles. Nous parlons donc de femellisme.


Nous ne faisons que faire écho à des autrices militantes comme Carol J. Adams par exemple, en affirmant que misogynie et spécisme sont des oppressions intrinsèquement liées qui trouvent leur origine commune dans le patriarcat.

Les féministes se battent contre les tortures, les viols, la domination, le désenfantement : tout ce que vivent aussi les femelles de l’élevage.

Dans le monde de l’élevage, il se trouve que pour des raisons un peu différentes, ce sont également les femelles qui sont les plus violentées et persécutées. Les féministes se battent contre les tortures, les viols, la domination, le désenfantement : tout ce que vivent aussi les femelles de l’élevage.

Boucherie Abolition se montre très critique envers les actions d’autres associations militantes, notamment la promotion du véganisme. Pourquoi ?

Le véganisme est critiquable de fait. Une lutte de justice ne peut pas porter le nom d’un mode de vie. On ne peut pas imaginer faire tomber un des piliers de civilisation qu’est la zoophagie par du simple boycott. À quel moment peut-on ne serait-ce que penser que promouvoir (le terme est là ! Avons-nous quelque chose à vendre ?) un régime alimentaire, une stratégie d’abstinence, de passivité, permettra l’abolition du plus grand esclavage de tous les temps ?!

Le véganisme est critiquable de fait. Une lutte de justice ne peut pas porter le nom d’un mode de vie. On ne peut pas imaginer faire tomber un des piliers de civilisation qu’est la zoophagie par du simple boycott.

On sait maintenant que ça ne fonctionne pas. Après plusieurs décennies avec cette stratégie, on ne peut que constater que toutes les statistiques concernant les victimes sont en hausse.

Nous déplorons donc que le mouvement dans son immense majorité utilise encore toutes ses ressources, son temps et son énergie à continuer dans cette direction. Ce temps, nous l’avons perdu et le perdons encore et cette démarche est criminelle au regard des 400 millions de victimes quotidiennes et de l’urgence climatique actuelle.

Libération de poules prizoonnières d’un camp de la mort.

En relâchant dans la nature des animaux d’élevage, vous vous attirez les foudres de nombreuses personnes, y compris de militants antispécistes. Parle-nous de ces actions de libération.

Nous passons énormément de temps dans les camps de concentration. Auprès des victimes. Dans ces hangars tellement peuplés que l’individu n’existe même plus. Sortir de ces endroits avec deux animaux choisis au hasard et refermer la porte sur les dizaines de milliers d’autres en connaissant leur sort n’a plus aucun sens. Ce qui remplit ces camps, ce sont les naissances forcées, pas les carnets de commande. Donc n’en sortir que 0,00001% par des sauvetages n’a évidemment aucun impact sur ce système.

Si tou-te-s les activistes, par contre, se mettaient à simplement ouvrir les portes, les cages, imaginez les conséquences et la situation de chaos dans laquelle se retrouverait toute la filière ! Et quoi qu’on en dise, une fois libres de leur mouvement, dans la masse d’individus, il y en a forcément plus qui survivront que par nos sauvetages ultra limités.

Le mouvement antispéciste français préfère intérioriser son spécisme en assumant une position de domesticateur.

De la même façon que nous avions été critiqué-e-s après le sauvetage politique à visages découverts des lapines de l’INRA en 2017, car personne n’avait vu ça avant, le même phénomène se reproduit aujourd’hui avec les libérations. Les open rescues ou mêmes les libérations dans certains pays sont désormais communes pour le mouvement antispéciste mondial, mais il se trouve que le mouvement français préfère intérioriser son spécisme en assumant une position de domesticateur et en affirmant que nous sommes les seul-e-s à pouvoir les sauver, qu’ils sont incapables de s’en sortir par eux-mêmes dans la nature. Ce qui est complètement faux.

Les pancartes portées par des peluches ont valu aux plateformes de BA d’être censurées.

Aujourd’hui, quels/qui sont pour vous les principaux obstacles dans la lutte pour l’abolition ?

La censure évidemment. Pour avoir osé nommer nos cibles sur des pancartes portées par des peluches, notre site internet et notre page Facebook ont été supprimés en quelques jours…


La stratégie dominante de séduction/conversion, pratiquée de façon quasi dogmatique, est un obstacle, car elle favorise l’inertie et marginalise la branche radicale.

Le mouvement des Gilets Jaunes nous a également appris que si le gouvernement voulait silencier une révolte de masse, la répression était un outil très puissant. Le silence ou, pire, la complicité perverse, désinformée et désinformante des médias en est un également.

Je ne reviens pas sur les freins internes au mouvement abordés plus haut, mais bien sûr la stratégie dominante de séduction/conversion, pratiquée de façon quasi dogmatique, en est un, car elle favorise l’inertie et marginalise la branche radicale, alors que si nous ne sommes pas radicaux dans nos discours et nos actes dès maintenant, nous ne le serons jamais, car chaque jour il est déjà trop tard.

Pour en savoir plus : le site internet et la page Facebook de Boucherie Abolition.

- propos recueillis par CL -

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