Homo Herbivorus, un autre regard sur la société

Mis à jour : 3 sept. 2019

Chaque année, soixante-quatre milliards d’animaux terrestres et plus de mille milliards de poissons sont mis à mort pour nourrir les humains. Le fait que ces êtres sont capables de ressentir la douleur pose d’importantes questions morales et éthiques vis-à-vis du sort qui leur est réservé. Au travers de discussions avec les acteurs et les penseurs de l’éthique animale, Homo Herbivorus explore notre relation à la consommation de produits issus de l’exploitation animale. Entretien avec Hugo Violi, réalisateur.


Titre : Homo Herbivorus

Réalisation : Hugo Violi

Production : Rad Cat Films, Paris

Genre : film documentaire

Sortie : 16 janvier 2019

Durée : 1h19


Regarder le film ici.


Alors que vous êtes également photographe, votre dernier film Homo Herbivorus fait la part belle aux mots plutôt qu’aux images.

Racontez-nous...

Hugo Violi : J’ai l’impression que le mouvement animaliste, ces dernières années, s’est plutôt construit sur des images, particulièrement en France avec les vidéos d’abattoir diffusées par l’association L214. Ce travail est éminemment important pour éveiller les consciences à ce qui se cache derrière les produits animaux, mais le travail des philosophes et des penseurs autour de la question animale reste encore confidentiel.


J’ai alors voulu rendre accessible au plus grand nombre la philosophie développée dans de nombreux essais qui se penchent sur la question de l’éthique animale à l’aide du documentaire, qui, selon moi, reste le meilleur moyen de diffuser une idée à un public.


J’ai voulu rendre accessible au plus grand nombre la philosophie développée dans de nombreux essais qui se penchent sur la question de l’éthique animale.

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce film ?

Le choix de réaliser ce film est parti d’un désir de poser les bases de l’éthique animale, afin que le débat ne tourne pas en rond autour des mêmes questions que l’on peut entendre lorsque l’on souhaite ou que l’on vient de devenir végane. D’autre part, lorsqu’on est végane, les débats autour de la consommation de produits animaux ont souvent lieu lors des repas, car notre présence remet en cause la moralité des actions des carnistes. Ainsi, grâce au documentaire, on peut sortir de cette confrontation en accordant un temps en dehors des repas aux concepts de l’éthique animale, tout en gardant ce temps d’attention relativement court comparé à la lecture de centaines de pages d’essais sur des concepts parfois difficiles à comprendre lorsque l’on n’est pas sensibilisé à la question.


Qu’a-t-il changé en vous ?

Je n’ai pas le sentiment que réaliser ce film ait provoqué de profond changement en moi, mais il m’a permis d’affirmer et de mieux appréhender les concepts de l’antispécisme. Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec le militantisme traditionnel, comme aller défiler dans la rue ou distribuer des tracts devant les boucheries. Écrire et réaliser ce film m’a permis d’assouvir le désir que j’avais en moi de participer au mouvement à ma manière, et avec le moyen de communication avec lequel je suis le plus à l’aise : l’audiovisuel.


De nombreux véganes ne mobilisent pas la notion de spécisme, bizarrement. Dans votre film, elle revient souvent. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que si de nombreux véganes ne mobilisent pas la question de spécisme, c’est avant tout par désir de convertir le plus grand nombre de personnes le plus rapidement possible, en présentant parfois le véganisme comme une solution universelle à de nombreux problèmes mondiaux. C’est pourquoi on mobilise souvent les arguments d’écologie et de santé lorsqu’on veut faire la promotion du véganisme. J’avais moi-même prévu de développer ces arguments dans Homo Herbivorus. C’est lors du tournage de l’entrevue avec Yves Bonnardel que j’ai alors compris que, bien que ces arguments soient puissants, ils permettent malheureusement souvent aux carnistes d’oublier le cœur du combat pour la libération des animaux : l’immoralité de leur exploitation et de leur mise à mort sans nécessité.


Seules les raisons morales sont capables d’opérer un véritable changement de mode de pensée.

Parler de santé est important, car le véganisme n’aurait aucun poids si les humains ne pouvaient pas survivre à un régime végétal. Parler d’écologie est important, car le véganisme n’aurait aucun poids si la planète ne pouvait pas soutenir une humanité végane. Mais ce ne sont pour moi que des arguments secondaires, puisque bien que l’on puisse devenir végane pour des raisons d’écologie ou de santé, je suis convaincu que seules les raisons morales sont capables d’opérer un véritable changement de mode de pensée.


La plupart des gens mangent de la viande parce que la plupart des gens mangent de la viande. Comment expliquez-vous que des critères sociaux puissent primer sur les critères moraux ?

Les critères sociaux priment sur les critères moraux, car les critères moraux définissent les critères sociaux. Comme la psychologue Mélanie Joy l’a théorisé dans son livre Introduction au Carnisme, on mange des animaux parce qu’on considère que c’est normal, naturel et nécessaire. Tout le combat du mouvement antispéciste consiste donc à faire changer les critères moraux de nos sociétés, ce qui changerait alors nos critères sociaux, et donc nos comportements vis-à-vis des animaux.


Si un carniste devait parler d’Homo Herbivorus autour de lui, j’aimerais qu’il dise qu’il a compris pourquoi l’antispécisme est nécessaire à nos sociétés.

Qu’aimeriez-vous qu’un carniste dise d’Homo Herbivorus s’il en parlait autour de lui ?

Si un carniste devait parler d’Homo Herbivorus autour de lui, j’aimerais qu’il dise qu’il a compris pourquoi l’antispécisme est nécessaire à nos sociétés. Je ne souhaite pas nécessairement que les carnistes deviennent tous véganes du jour au lendemain, mais au moins qu’ils soient d’accord avec les principes fondateurs de l’antispécisme. Une personne qui fait la promotion du véganisme autour d’elle, malgré sa consommation de produits animaux, peut avoir une influence positive sur la construction d’un monde moins spéciste. J’ai personnellement des personnes dans mon entourage qui choisissent de continuer à manger des animaux, mais qui défendent les véganes. Elles permettent alors d’exposer les idées antispécistes à ceux qui pourraient être hermétiques à une discussion avec des véganes.


Si l’on devait retenir une phrase tirée du film, laquelle choisiriez-vous ?

Si je devais retenir une phrase tirée du film, ce serait la toute dernière, prononcée par Yves Bonnardel : En tant qu’humains nous sommes aux manettes de la planète, qu’on le veuille ou pas, et les orientations qu’on va donner à nos civilisations vont se révéler déterminantes dans les décennies, et les siècles, et les millénaires à venir.

- propos recueillis par CL -

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