Îles Féroé : un massacre sanglant

Comme chaque année, avec une recrudescence durant la belle saison, les Féroïens s’adonnent aux traditionnels Grinds (ou Grindadráp, littéralement mise à mort des baleines) ou vont y assister en famille. Globicéphales (des cétacés de la famille des delphinidés) principalement, mais aussi dauphins sont la cible de cette chasse sanglante parfois surnommée corrida féringienne, qui suscite la controverse dans le monde entier.

Tórshavn, 23 juillet 2010. 108 globicéphales sont massacrés lors d’un Grind.

Une tradition séculaire

Des conditions climatiques peu propices à l’agriculture et à l’élevage ont propulsé la viande de globicéphale au rang de source de nourriture privilégiée. Mais si la chasse aux cétacés (dont on retrouve les premiers récits à la fin du XVIe siècle) était à l’époque indispensable à la survie de la population d’un archipel complètement isolé du reste du monde, elle n’est plus guère aujourd’hui qu’une pratique purement récréative, perpétuée au nom de la tradition… Tradition ancestrale qui n’empêche nullement les Féringiens d’utiliser des moyens technologiques aéronautiques qui n’ont rien d'ancestraux, soit dit en passant.

Comble de l’horreur, leur viande n’est même plus consommée, si bien que les globicéphales sont tués pour rien. Pour le sport, comme ils disent là-bas. Et pour cause : la consommation des chairs de ces cétacés entraîne de sérieux problèmes de santé (retards mentaux, parkinson juvénile, etc.). Ces animaux se trouvant au sommet de la chaîne alimentaire, ils stockent dans leur organisme métaux lourds et autres polluants (mercure, cadmium, sélénium et consorts). Les carcasses sont donc souvent abandonnées.

Les chiffres 2017 font état de 1’605 individus massacrés (1’117 globicéphales et 488 dauphins), un nombre jamais atteint au cours de ce siècle. Cette année encore, des images de globicéphales et dauphins agonisants dans une mer de sang nous parviennent en masse à travers les médias. Les images ci-dessous datent de 2010 (voir photo principale).

Les pieds dans l’eau pourpre, faisant fi de leurs cris de terreur, les grindeurs s’empressent de sectionner la moelle épinière des animaux pris au piège en leur enfonçant leurs couteaux traditionnels et les laissent agoniser jusqu’à la mort, parfois lente.

En toute légalité ?

Comment ces animaux marins arrivent-ils sur les côtes ? Ils sont rabattus par des bateaux qui les encerclent avant de les contraindre à gagner les plages. Les pieds dans l’eau pourpre, faisant fi de leurs cris de terreur, les grindeurs s’empressent alors de sectionner la moelle épinière des animaux pris au piège en leur enfonçant leurs couteaux traditionnels et les laissent agoniser jusqu’à la mort, parfois lente.

Cette pratique barbare est illégale en vertu de plusieurs Conventions européennes signées par le Danemark. Mais les Îles Féroé, bien que sous sa souveraineté, bénéficient d’un statut autonome. Les traités ne sont donc pas reconnus dans l’archipel, qui ne fait pas partie intégrante de l’Union Européenne. Le gouvernement féringien accepte toutefois sans vergogne les subventions européennes qui lui sont octroyées par l’intermédiaire du Danemark.

Et attention à qui, parmi les habitants, se risquerait à critiquer publiquement le Grind dans un pays au puissant lobby pro-chasse : une telle critique relève de l’antipatriotisme ! La présence d’une ONG comme Sea Shepherd qui, depuis plus de 30 ans, intervenait au large pour disperser les cétacés et empêcher le piégeage, n’est pas plus appréciée par les dirigeants féroïens, qui s’empressent désormais de déployer des forces militaires pour arrêter les activistes et confisquer les bateaux.

Les Féringiens s’accrochent à une tradition obscure issue d’un autre âge mais qu’ils considèrent comme faisant partie de leur identité. Le gouvernement danois, lui, est bien plus cynique, ses motivations sont purement politiques.

Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France

Quand on est contraint, comme je viens de le faire, d’assister impuissant au massacre de ces familles entières de dauphins, c’est finalement plus envers le Danemark qu’envers les Féringiens que va mon ressentiment. Les Féringiens s’accrochent à une tradition obscure issue d’un autre âge mais qu’ils considèrent comme faisant partie de leur identité. Le gouvernement danois, lui, est bien plus cynique, ses motivations sont purement politiques. En effet, le Danemark cherche avant tout à calmer les velléités d’indépendance d’un archipel dont il convoite les importantes richesses maritimes. Face à des intérêts économiques colossaux, les dauphins ne font pas le poids et pour montrer aux Féringiens qu’ils peuvent compter sur le gouvernement danois pour défendre leurs traditions, il n’hésite pas à mobiliser ses frégates militaires contre des activistes pacifiques. En faisant cela, le Danemark viole ses obligations et nos diverses plaintes devant la Commission Européenne à ce sujet n’ont jamais rien donné, s’insurge Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, actuellement sur place.

En attendant, le massacre continue. Mardi 27 août a eu lieu le onzième Grind de l’année, portant à plus de 600 le nombre de victimes en 2019. À suivre ici.

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- CL -

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