Pologne • La cause animale en Europe

Mis à jour : 8 sept. 2019

[English below]

Comment s’organise la lutte antispéciste en Pologne ? Cette notion est-elle entrée dans les mœurs ? Comment le véganisme s’est-il intégré dans la culture polonaise ? Rencontre avec Kamil Głowacki, activiste auprès d’Anonymous for the Voiceless, à Bydgoszcz.

Parle-nous de l’association avec laquelle tu milites...

Kamil Głowacki : Je milite principalement avec Anonymous for the Voiceless. Il y a un an et demi, j’ai participé à un Cube de Vérité organisé par les activistes polonais Dawid Rakoczy et Marta Dembek (aujourd’hui organisateurs régionaux pour The Save Movement en Pologne) à Toruń, non loin de ma ville natale. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de militer activement pour les droits des animaux. J’ai été émerveillé par l’accueil positif des passants avec qui nous avons discuté. Cet événement m’a aussi permis de faire enfin la connaissance de dizaines d’autres véganes, c’était fabuleux. Avant ce premier cube, je n’en connaissais pas beaucoup et je me sentais vraiment exclu.


Au fil du temps, j’ai participé à d’autres cubes et whorkshops et rencontré des gens incroyables comme Sophie Benker et Seb Alex. Je suis devenu à mon tour organisateur pour AV, chapeauté par Sophie. Grâce à l’aide et au soutien inestimables de Dawid et Marta, j’ai créé une section dans ma ville, Bydgoszcz, ce qui a renforcé ma conviction que la libération animale est vraiment ce à quoi je veux consacrer mon esprit et mon cœur.

Comment l’antispécisme est-il perçu en Pologne ? Y a-t-il beaucoup d’activistes ?

Malheureusement, ce qui touche aux droits des animaux, sans parler de libération animale, suscite des réactions plutôt négatives de la part des Polonais. L’exploitation animale est une tradition encore bien ancrée dans nos mœurs. Notre pays a connu le communisme après la seconde guerre mondiale et subi des pénuries alimentaires. Les produits d’origine animale, tout particulièrement la viande, sont considérés comme un luxe et un symbole d’opulence. Après avoir quitté l’URSS, tous les citoyens polonais y ont eu accès. Il est donc souvent difficile de les convaincre de changer de régime alimentaire et de mode de vie. Néanmoins, nous essayons constamment de les y inciter, même si nous ne sommes pas encore assez nombreux pour y parvenir.

En Pologne, ce sont un peu toujours les mêmes qui participent aux cubes. D’autres organisation de défense des droits des animaux, comme Otwarte Klatki (littéralement cages ouvertes), sont incroyablement bien organisées et mènent de nombreuses enquêtes. Elles sont toutefois majoritairement welfaristes et considèrent que les associations abolitionnistes, dont AV fait partie, sont trop radicales.

Je me réjouis que le nombre d’activistes abolitionnistes ait beaucoup augmenté l’an dernier, comme on a pu le voir lors de la Marche officielle pour les Droits des Animaux à Varsovie, avec 850 participants en 2019 (contre 250 en 2018).

Notre capitale Varsovie a été désignée comme l’une des villes les plus vegan-friendly du monde.

Le véganisme est-il entré dans vos mœurs ?

Oh oui, il est de plus en plus populaire ! En 2016, lorsque je suis devenu végane, il n’y avait pas le moindre établissement qui proposait des menus végétaliens. Aujourd’hui, notre ville compte deux restaurants, trois fast-foods, un glacier et deux cafés véganes, mais aussi de nombreux établissement qui proposent des options végétales. C’est une belle avancée, n’est-ce pas ?

Notre capitale Varsovie a été désignée comme l’une des villes les plus vegan-friendly du monde, avec plus de 47 restaurants véganes. C’est presque insensé de ne pas être végane à Varsovie !

Comment la lutte antispéciste converge-t-elle, dans l’opinion publique mais aussi dans le combat que mènent les différentes associations, avec les autres luttes qui se battent contre les discriminations basées sur des critères arbitraires (sexisme, racisme, homophobie, etc.) ?

Le spécisme n’est malheureusement pas considéré comme une oppression au même titre que l’homophobie, par exemple. Un certain nombre de Prides ont eu lieu en Pologne, rassemblant des foules immenses de non-LGBT qui souhaitaient exprimer leur soutien. Mais la majorité d’entre eux ne considèrent généralement pas le spécisme comme une forme de discrimination.

Cependant, un nombre toujours croissant de personnes instruites et conscientes tendent de plus en plus vers le véganisme, prouvant ainsi que le changement est imminent et qu’il est impossible de parler de la liberté de certains groupes d’individus, tout en asservissant et en discriminant les autres.

Le regard porté sur l’activisme en faveur des droits des animaux en Pologne a considérablement évolué au cours des vingt dernières années.

Comment l’exploitation animale a-t-elle évolué en Pologne au cours des dernières années ? Quel avenir est promis aux animaux, d’après toi ?

D’après mon expérience, le regard porté sur l’activisme en faveur des droits des animaux en Pologne a considérablement évolué au cours des vingt dernières années. Les activistes ne font plus l’objet d’une couverture médiatique négative comme auparavant. Quand j’étais enfant, les défenseurs de l’environnement et des droits des animaux étaient souvent qualifiés de psychopathes ou d’extrémistes dangereux, qui trouvaient normal de harceler et s’attaquer physiquement aux autres (par exemple en aspergeant de peinture celles et ceux qui portent de la fourrure). Avec cette exposition négative et la propagande des médias, les militants semblaient menaçants et effrayaient le petit garçon de huit ans que j’étais ! Heureusement, les choses ont évolué et maintenant, les activistes ne sont plus stigmatisés par des médias et une société mal informés. Je crois sincèrement que la présence d’activistes non violents, non jugeant et chaleureux, qui ont à cœur d’établir une compréhension mutuelle et une bonne communication avec les non-végétaliens, y est pour quelque chose.

Nous finirons par comprendre que si l’exploitation des animaux continue, l’avenir de l’espèce humaine est compromis.

Quel avenir pour les animaux ? Plus nous parlerons de changement climatique et pointerons l’élevage comme l’un des principaux coupables, plus le véganisme sera plébiscité, selon moi. Si certains d’entre nous ne sont pas assez empathiques pour se soucier de la cruauté que subissent les animaux, ils se préoccupent du désastre environnemental puisqu’il est généralement reconnu pour avoir un impact sur chacun de nous. Les animaux en sortiront gagnants puisque nous finirons par comprendre que si leur exploitation continue, l’avenir de l’espèce humaine est compromis.

Il est impossible de parler de la liberté de certains groupes d’individus, tout en asservissant et en discriminant les autres.

// English

How are animal rights considered in Poland? Is the consideration of animals and their rights becoming the norm? How is veganism being integrated to Polish culture? Meet Kamil Głowacki, activist for Anonymous for the Voiceless (Bydgoszcz).

Tell us about the organization you work for...

Kamil Głowacki: The major organisation I work for is Anonymous for the Voiceless. A year and a half ago I came across a Cube of Truth event organised by Polish activists Dawid Rakoczy and Marta Dembek (now The Save Movement regional organisers in Poland) in the city of Toruń, near my hometown, and I decided to get involved in Animal Rights activism. The event itself amazed me with positive feedback from the people we spoke to, and it also amazed me that I could finally meet dozens of dedicated vegans. Prior to my first Cube of Truth I didn’t really know anyone from vegan community, and, obviously, I felt overwhelmingly alienated.

However, time went by, I attended more cubes, activism workshops, met wonderful people, including Sophie Benker and Seb Alex, and I decided to become an organiser for AV myself (Sophie was the one who inducted me). With invaluable help and support from Dawid and Marta I set up a chapter in my city, Bydgoszcz, and it strengthened the belief that Animal Liberation is what really occupies my mind and my heart.

How are animal rights seen in Poland? Are there msany activists?

Unfortunately, the topic of Animal Rights, let alone Animal Liberation, triggers rather unfavourable feedback from the Poles. The tradition of animal exploitation seems to be deeply ingrained in our society’s mindset. Due to the history of our country (the communist period after WWII and food scarcities then), animal products, especially meat, have been regarded ‘luxury’ and a symbol of opulence. After abandoning USSR, Polish citizens started to indulge in animal products consumption, and therefore it is often quite challenging to persuade them to change their diet and lifestyle.

Nonetheless, we’re constantly trying to do so, even though we are not that strong in numbers yet. It is typical that Cubes of Truth all across Poland are attended by the same groups of people. There are other Animal Rights organisations, like Otwarte Klatki (Open Cages), which are impressingly well-organised and do many investigations, however, they are welfarists and many of them deem abolitionist organisations, like AV, too radical.

Fortunately, the number of activists who participate in abolitionist events increased much in the last year, which can be best illustrated with the attendance at Official Animal Rights March in Warsaw (around 250 attendees in 2018, 850 this year).

Our capital city, Warsaw, has been labelled as one of the most vegan-friendly cities in the world.

Is veganism increasing in popularity?

Oh yeah. Big time. I remember the time when I went vegan in 2016 and there was literally not a single place that served vegan dishes in my hometown for years. Now we have 2 vegan restaurants, 3 vegan fast-food joints, vegan ice-cream shop, 2 vegan cafes, and many more places with vegan options in their menu. Talk about progress, right?

Our capital city, Warsaw, has been labelled as one of the most vegan-friendly cities in the world, with over 47 vegan restaurants. It is almost absurd not to be vegan in Warsaw!

How do animal rights coincide, in the public opinion, alongside the fight led by different organizations, to the struggle with arbitrary discriminations (sexism, racism, homophobia, etc.)?

Sadly, the problem of speciesism is not regarded tantamount to, say, homophobia. A number of Pride Parades have taken place in Poland, huge crowds of non-LGBT people attended them in order to express their support, yet the majority of them usually doesn’t take speciesism into consideration when talking about different types of discrimination.

However, growing numbers of educated and aware people seem to take veganism into account more and more often, proving that the change is coming and that we can’t talk about the freedom of certain groups, while enslaving and discriminating against other.

The general perception of Animal Rights activism in Poland has undergone a massive shift in the last 20 years.

How have animal rights evolved over the past few years in Poland? Can you see a future where animal rights are prioritized?

As far as I’m concerned, the general perception of Animal Rights activism in Poland has undergone a massive shift in the last 20 years. Activists ceased to get negative media coverage as they used to. When I was a kid, environmental and Animal Rights activists were often described as ‘psychos’ and ‘dangerous extremists’, who found it normal to harass and physically torment others (eg. paint spraying the fur wearers). Due to the negative coverage and media propaganda, activists seemed menacing and caused fear in my 8-year-old self! Thankfully, things evolved and now activists are not prejudiced against by biased media and society. I truly believe that it can be credited to non-violent, non-judgmental and warm-hearted Animal Rights activists, who take time and effort in order to establish mutual understanding and good communication with yet-non-vegans.

People will ultimately have to understand that animal exploitation has no future, assuming we want to have one ourselves.

Do I see a future for animal rights to be prioritized? The more we talk about climate change and animal agriculture as one of its major culprits, the more possible prioritizing veganism seems to me. Some of us aren’t empathic enough to care about animal cruelty, yet they do care about the environmental disaster that is widely believed to impact on every one of us. Luckily for the animals, people will ultimately have to understand that animal exploitation has no future, assuming we want to have one ourselves.

We can’t talk about the freedom of certain groups, while enslaving and discriminating against other.  

- propos recueillis par CL -

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