« Toi, spéciste… »

Des mots pour dire les maux... Six militantes et militants pour les droits des animaux s’adressent aujourd’hui à toi, spéciste. Un cri du cœur pour ne pas oublier que nous l’avons tous été, souvent bien malgré nous.

Te sens-tu supérieur.e, au point de faire tuer des individus qui ne veulent pas mourir ? T’es-tu déjà questionné.e sur l’éthique et les valeurs comme le respect, la justice, l’amour, la liberté, l’égalité et la non-violence ? (Sophie Hanessian)

(Les textes sont présentés par ordre alphabétique de leur auteur.e)

Sophie Hanessian

Militante antispéciste

Toi, spéciste, as-tu déjà imaginé quelle a été l’existence, de sa naissance à sa mise à mort, de l’être à qui tu as ôté la vie et qui se trouve dans ton assiette, que tu portes comme vêtement, accessoire ou comme produit cosmétique ? Parce que tu as trop peur du changement et que tu préfères rester dans le déni, tu envoies à la mort, sans pitié, des innocent.e.s qui ont été reproduit.e.s par viol, séparé.e.s de leur mère et qui malgré tout, ne demandent qu’à vivre ? Parce qu’il est plus simple de rester ignorant.e et de contribuer aveuglément à un système qui nous ment, tu veux faire perdurer, sans remise en question, des traditions et des coutumes ancestrales érigées sur la violence ? Te sens-tu supérieur.e, au point de faire tuer des individus qui ne veulent pas mourir ? T’es-tu déjà questionné.e sur l’éthique et les valeurs comme le respect, la justice, l’amour, la liberté, l’égalité et la non-violence ? Ces valeurs que tu t’efforces probablement d’inculquer à tes enfants et que tu mets aux oubliettes à chaque fois que tu leur fais porter ou manger le cadavre d’un animal et/ou ses sécrétions.

Oui, spéciste ! Quand tu avales le corps d’un être qui ne voulait pas mourir, son lait ou ses œufs, que tu utilises sa peau ou toute autre partie de lui, tu fais le choix de l’exploiter et/ou de le tuer. Ferme les yeux, bouche-toi les oreilles, continue à vivre égoïstement en pensant que tu fais mieux que les autres, puisque tu consommes bio et local !

Tous les droits fondamentaux que tu exiges pour toi, spéciste, et tes proches, les animaux les veulent également.

Remets les choses dans leur contexte, spéciste. Un animal non humain a le droit de vivre, il a des sentiments, des besoins, comme toi. Être en bonne santé, créer des liens, avoir une famille, être heureux, vivre en sécurité et en confiance. Il a le droit de ne pas être exploité, abusé, violé, violenté, martyrisé, humilié, battu, tué. Tous les droits fondamentaux que tu exiges pour toi, spéciste, et tes proches, les animaux les veulent également. Même si nous n’avons pas le même langage, tu comprendras et réaliseras par toi-même, si tu passes un peu de temps en leur compagnie, que ce sont des individus, comme toi, qui n’aspirent à rien d’autre qu’à vivre heureux et en paix. Oui, spéciste, la vérité est dure et dérange. Elle permet de se remettre en question et d’agir en conséquence. Tu as la capacité de réfléchir et de déterminer le bien du mal, ce qui est juste ou injuste, ce qui est respectueux ou non, ce qui est éthique et ne l’est pas.

Il n’y a qu’un pas pour passer de spéciste à antispéciste : ouvre ton cœur, fais preuve de compassion, mets-toi à la place de cet animal qui arrive à l’abattoir et ressens sa peur, son désarroi, sa souffrance, vis le moment où il va mourir sans pouvoir s’échapper, ce qu’il ressent à cet instant. Ouvre tes yeux et tes oreilles, apprends à changer tes habitudes, instruis-toi, participe à des formations/conférences, rejoins des associations, rencontre des gens qui sauront te guider dans ton changement, grandis et vis tes valeurs à 100%. Surtout, partage tes connaissances basées sur des sources solides, fais entendre ta voix pour les animaux, descends dans la rue, parle à ta famille, amis, voisins, collègues, participe à des actions. Tu te feras probablement traiter d’extrémiste et peu à peu ton entourage apprendra à respecter tes choix. Même si certains moments seront pénibles, garde toujours en tête que ce que tu fais, tu le fais pour les animaux et dans ce combat, tu ne seras jamais seul.e !

Il n’y a qu’un pas pour passer de spéciste à antispéciste : ouvre ton cœur, fais preuve de compassion, mets-toi à la place de cet animal qui arrive à l’abattoir et ressens sa peur, son désarroi, sa souffrance, vis le moment où il va mourir sans pouvoir s’échapper, ce qu’il ressent à cet instant.

Toi, antispéciste, tu as su ouvrir les yeux, évoluer, changer, faire preuve d’empathie et de compassion. Tu es maintenant en accord avec tes valeurs et intègre. Tu milites et montres l’exemple. N’oublie pas de prendre soin de toi pour être efficace. Ta voix est indispensable dans cette lutte pour rendre justice et liberté aux animaux. Nous serons là, ensemble, jusqu’à ce que toutes les cages soient vides.

Amadeus VG Humanimal

Militant antispéciste

Toi, spéciste, je te comprends, mais je te combattrai.

Jacqueline Lavanchy

Militante antispéciste, candidate au Conseil des États (VS)

Toi, spéciste… La frontière entre toi et moi est si fine, je peux te voir à travers, je te parle, mais ton cœur n’est pas dans ta poitrine, il dort, tu ne sais même pas où. Ta tête dort. Ton corps dort. Laissant les sentiments et les envols de l’âme trop forts qui t’effraient, tu es confortablement engourdi dans ton enveloppe charnelle. Ne pas bouger le bateau. Le bateau pourtant veut prendre le large, partir à l’aventure, loin de l’aliénation des mensonges qu’on lui a racontés. Tiraillé entre la vie et le confort relatif de l’engourdissement. J’ai laissé la colère et le découragement, me suis armée de mon humour et de ma joie de vivre pour essayer de te charmer, et t’appeler à venir jouer, comme lorsque nous étions enfants, jouer à imaginer un monde sans cruauté, et le réaliser ici et maintenant, le seul moment dans l’espace-temps qui nous appartienne vraiment. Le temps est piégé ! Je ferai ça quand j’aurai le temps…

Les autres terriens-animaux sont nos semblables, nos frères et sœurs, ce qui nous lie est plus fort que ce qui nous sépare.

La vérité des faits nous lave les yeux et nous pétrit comme du pain, les entrailles douloureuses, les yeux rougis, la tête en vrac, le cœur immense qui ressent enfin le monde avec acuité, avec douleur, mais aussi avec joie, et soudain le temps est essence, le temps presse, et pour que tu nous rejoignes, j’essaie de te faire retrouver en toi ce que tu as oublié : un enfant qui sait, qui a toujours su que les autres terriens-animaux sont nos semblables, nos frères et sœurs, que ce qui nous lie est plus fort que ce qui nous sépare, que la vie est triste et impossible sans autres ! Que nous sommes, comme dans les contes, tous les personnages de l’histoire. Que la vie est belle ! Retournons en enfance, avant que l’on nous fasse croire que la vie était un fil rouge de sang, la vie est bel et bien un fil rouge, mais c’est celui de l’amour ! Réécrivons l’histoire...Viens, prends ma main !

Virginia Markus

Auteure et militante antispéciste

Toi, spéciste… Quelle drôle d’entrée en matière. Il y a peu, j’aurais sans doute sauté sur l’occasion pour compléter cette mise en accusation, en te mettant le nez dans l’injustice que tu portes sur les épaules. Aujourd’hui, je change de ton. Spécisme, antispécisme. Violence, non-violence. Bien, mal. Autant d’antagonismes qui finalement, jouent le jeu de l’étiquetage des individus et participent à la division des peuples. Je ne joue plus. J’ai appris, avec les rencontres, les expériences et les désillusions, que la vie n’était pas aussi segmentée que les êtres humains le souhaiteraient pour mieux maîtriser leur environnement. J’ai souvent refusé de l’entendre. Question de fierté. Non pas que j’excuse le massacre des animaux. Jamais. Mais l’étiquette spéciste mérite à mon sens d’être repensée.

Tu es peut-être spéciste, mais tu t’engages quotidiennement en faveur d’un orphelinat, et tu n’as juste pas encore terminé ta réflexion sur la philosophie égalitariste. Tu es peut-être spéciste, mais tu vis de manière décroissante en cultivant ton champ en permaculture, en boycottant les lobbies agroindustriels et la pharma. Et toi, peut-être es-tu antispéciste, mais tu vis en Amazonie, aux côtés des autres animaux, famille de laquelle tu prélèves ponctuellement un individu pour ta survie, avec humilité et dans le respect de ce que Terre Mère met sur ton chemin. Tu es peut-être antispéciste, mais tu participes activement à la montée en puissance du capitalisme en faisant la promotion dithyrambique de la viande de synthèse, développée par les multinationales qui mettent à sac la planète. Tu es peut-être antispéciste, mais ton attitude sexiste t’a amené à abuser de femmes croisées sur ton passage. Tu vois, tout n’est pas rose. Ni noir. Personne n’est parfait, et ce n’est certainement pas contre toi, individu, que l’énergie de la lutte doit être concentrée. Le système spéciste, lui, mérite quelques baffes en profondeur. Alors toi, spéciste, je ne t’accuserai pas frontalement. Je t’encouragerai à aller au bout de ta pensée en mettant en accord tes valeurs et tes actions si la dignité des animaux te tient véritablement à cœur.

Personne n’est parfait, et ce n’est certainement pas contre toi, individu, que l’énergie de la lutte doit être concentrée. Le système spéciste, lui, mérite quelques baffes en profondeur.

Mais si de leur réalité tu te contrefous, je te l’assure : l’activisme, l’urgence écologique et l’évolution des mœurs sociétales se chargeront de chambouler tes habitudes sans ton accord. Parce que l’effondrement écosystémique se chargera effectivement de faire le nettoyage. Si aujourd’hui toi, spéciste, tu refuses de voir les liens intrinsèques entre l’exploitation animale, des terres et des humain-e-s, si tu refuses de considérer ta co-responsabilité dans l’éco-zoocide en cours, si tu refuses d’entendre la mise en péril de la vie sur la planète pour les générations à venir malgré les cris d’alarme scientifiques, je ne peux rien pour toi. Et je ne me fatiguerai pas à tenter de convaincre, ni à te juger. Si tu ne trouves pas en toi l’amour qui te permettrait de changer, compte sur l’Univers pour changer ce qu’il faudra en temps voulu. Bon gré, mal gré. Ainsi, s’il ne nous reste que peu de temps à vivre sur le sein de Terre Mère, c’est aux côtés de celles et ceux qui en ont le plus besoin que j’investirai mon énergie vitale : les autres animaux. Les humain-e-s desquel-le-s les valeurs résonnent avec les miennes : des spécistes d’antan qui ont accepté d’évoluer en ouvrant leur cœur. Ainsi, je te laisserai continuer ton cheminement. Pour ma part, le choix est fait et je préfère être honnête, cher-ère spéciste. Il m’est infiniment plus agréable de nettoyer les crottes des animaux auprès desquels je vis, que de me battre en vain contre toi.

Si de leur réalité tu te contrefous, je te l’assure : l’activisme, l’urgence écologique et l’évolution des mœurs sociétales se chargeront de chambouler tes habitudes sans ton accord. (Virginia Markus)

Rémi Thomas

Ancien boucher devenu militant antispéciste

Entre la personne qui masque l’horreur injustifiée, la banalise pour qu’elle perdure afin de continuer à en profiter au détriment de milliards de victimes, et la personne qui se bat contre l’injustice : qui est l’extrémiste ?

Toi, spéciste, toi qui inverses les rôles, toi qui fais passer le respect absolu envers les animaux comme quelque chose d’extrême et l’irrespect comme acceptable, toi qui prétends que les défenseurs de la cause animale veulent imposer leurs choix alors que celles et ceux qui imposent leurs choix sont celles et ceux qui sont pour le maintient de l’exploitation animale, toi qui prétends que lutter contre le spécisme relève du fascisme alors que le fascisme est celui qui est déjà en place, celui qui oppresse les animaux, toi qui rejettes sur autrui ce que tu ne veux pas voir en toi alors que tu prétends aimer les animaux, n’est-il pas temps de te regarder dans le miroir ?

Entre la personne qui masque l’horreur injustifiée, la banalise pour qu’elle perdure afin de continuer à en profiter au détriment de milliards de victimes, et la personne qui se bat contre l’injustice : qui est l’extrémiste ?

Fabien Truffer

Militant antispéciste et membre de PEA Pour l’Égalité Animale

Toi, spéciste, n’oublie pas que nous étions comme toi. Nous aussi, nous avons ri des personnes qui disaient que les animaux ont le droit de vivre et de ne pas être emmenés à l’abattoir. Nous aussi, nous avons applaudis des éléphants et des lions en cage dans des cirques animaliers. Nous aussi, nous avons aimé manger de la viande. Et l’on aimerait sûrement encore le faire si cela n’impliquait pas de tuer et de faire souffrir des animaux. Nous aussi, nous avons été fier-e-s d’attraper notre premier poisson avec une canne à pêche et de prendre une photo avec lui pendant qu’il étouffait. Nous aussi nous avons dit : Arrêter de manger des animaux ? Je ne pourrais jamais !

Il est en réalité question de justice et d’éthique et non d’amour ou d’empathie.

Nous aussi nous avons froncé les sourcils quand, pour la première fois, nous avons entendu parler du spécisme, cette discrimination fondée sur le critère d’espèce. Nous aussi, nous avons cru que les personnes qui défendaient les animaux ne faisaient ça que parce qu’elles étaient des amies des bêtes et qu’elles faisaient preuve d’une empathie démesurée, alors qu’il est en réalité question de justice et d’éthique et non d’amour ou d’empathie. Nous aussi nous avons cru que tuer des animaux élevés dans des élevages labellisés était une solution éthique alors qu’ils finissent dans les mêmes abattoirs que les autres. Nous aussi nous avons vertement critiqué les chasseurs tout en ne réalisant pas que ce que faisaient les abattoirs n’étaient pas bien différent.

Toi, spéciste, n’oublie pas que nous étions comme quoi et que pourtant, nous avons changé. Tu le peux aussi.

- propos recueillis par CL -

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