Une candidate antispéciste au Conseil des États

Mis à jour : 8 sept. 2019

Après une importante percée dans le paysage médiatique suisse, la lutte contre le spécisme se politise. Candidate indépendante au Conseil des États, Jacqueline Lavanchy défend les valeurs antispécistes. Cette valaisanne de 54 ans, chargée de communication en environnement, massothérapeute et enseignante de Tai Chi, porte la voix des sans voix auprès des citoyennes et citoyens désireux d’un futur plus responsable. Rencontre avec une femme vive de cœur et d’esprit.

La vérité ne doit pas nous faire peur, mais nous inciter à changer.

Qu’est-ce qui t’a poussée à te présenter aux élections du Conseil des États valaisan ?

Jacqueline Lavanchy : Je ne me reconnais dans aucune chapelle, aucun parti, les sujets les plus importants à mes yeux restant inévitablement aux oubliettes, ou traités de façon anecdotique. La question philosophique du sens de notre vie sur terre en intelligence collective se pose de manière cruciale. Pourtant, rien ne semble perturber notre fuite en avant. À l’heure où notre implication dans la marche du monde se fait de plus en plus pesante et étouffante, prendre le temps de se poser les bonnes questions fera la différence entre la vie et la mort de notre présence sur terre, ainsi que celles de tant d’espèces fascinantes de qui nous aurions tant à apprendre. Les prévisions concernant le réchauffement climatique et la disparition des espèces sont pulvérisées et les estimations optimistes ou tièdes ne sont plus de mise. Ça urge !

Je me suis lancée en politique en tant que citoyenne du monde, pour mettre sur la table les faits dont nous disposons, afin d’amener la discussion et proposer des solutions sur ces éléments que personne ne veut évoquer, car liés à l’économie néo-libérale qui finance tous les partis et biaise donc tous les discours. Ma parole est libre, nul lobby ne finance mon travail. J’ai écrit mon programme seule et mes informations sont solides. Mon budget est nul, je gagne juste de quoi vivre. Je sais ce que veut dire compter, calculer, faire des économies, contrairement aux gens naviguant dans la stratosphère économique qui ne savent pas le prix du pain ou combien coûte un loyer.

Nous pouvons être les chefs de file d’un futur propre, éthique et pacifique. Pourquoi pas maintenant ?

Ma force se situe donc dans ma personne, mon énergie, mes convictions... et les réseaux sociaux ! J’aimerais que les médias consacrent plus de temps aux petits partis ou, dans mon cas, aux indépendant-e-s. Tout est fait pour favoriser les grands partis, dont on connaît pourtant bien les discours lénifiants et abscons.

La Suisse est un grand tam-tam, une caisse de résonance. Nous pouvons être les chefs de file d’un futur propre, éthique et pacifique. Pourquoi pas maintenant ? Il n’y a pas de temps à perdre !

Comment l’annonce de ta candidature a-t-elle été accueillie ?

L’annonce de ma candidature m’a d’abord été volée. L’information a été révélée par quelqu’une à qui j’avais demandé de ne pas en parler (!). Le Nouvelliste avait d’ailleurs déjà fait paraître les photos des candidat-e-s, sans attendre le dépôt des signatures. Je n’ai donc pas pu bénéficier de la parution de ma candidature, ce qui s’était déjà produit lors de ma participation au National en 2015.

Trois réactions prédominent à l’annonce de ma candidature. Les gens peu intéressés par la politique, qui m’ont félicitée pour mon courage tout en ayant un œil désabusé sur mon action. Celles et ceux qui sont enthousiastes et me souhaitent de rejoindre Berne, avec l’espoir qu’une voix différente, qu’une vision différente soit prise en compte. Des inconnu-e-s qui soudain ont les larmes aux yeux ou me prennent dans leurs bras car ils entrevoient ce que nous pourrions réaliser si...

Et puis, inévitablement, celles et ceux qui montrent un visage fermé, du dédain, de la jalousie, du mépris, des paroles assassines, ou qui oublient de m’inviter dans des débats ou des tables rondes. Heureusement, il existe encore des démocrates aimant la diversité et la mise en commun des idées et orientés solutions.

Beaucoup d’animaux fonctionnent en intelligence collective. Dans les situations de crise, les membres d’une même espèce réagissent comme un seul organisme, avec les meilleures options possible pour la survie de l’espèce. Nous sommes pratiquement les seuls à ne pas encore avoir développé cette conscience.

Jacqueline Lavanchy participe à un Die In organisé par PEA, le 24 août 2019 à Lausanne.

Parle-nous de ton programme Graines de Futur.

Le sous-titre de mon programme s’intitule : l’avenir en intelligence collective. Beaucoup d’animaux fonctionnent en intelligence collective : dans les situations de crise, les membres d’une même espèce réagissent comme un seul organisme, avec les meilleures options possible pour la survie de l’espèce. Nous sommes pratiquement les seuls à ne pas encore avoir développé cette conscience. Je propose une gouvernance horizontale de nos institutions, un contrôle citoyen accru du fonctionnement et du financement des outils étatiques, de meilleures protections pour les plus faibles, que plus personne ne soit laissé pour compte. Et surtout une nouvelle vision de notre place dans le monde.

Nous sommes une espèce parmi d’autres, il est temps de considérer nos frères et sœurs terriens animaux avec respect et équité. Leur vie leur appartient, ce ne sont pas des biens consommables et jetables. Alors seulement peut-être pourrons-nous nous appeler Sapiens. L’éthologie définit l’intelligence comme la capacité à s’adapter à notre milieu. Nous avons fait l’exact contraire, en essayant comme des forcenés d’adapter le monde à nos envies, comme des enfants gâtés. Changer notre vision du monde et de tous ses habitants résoudrait une majeure partie des problèmes auxquels nous faisons face : réchauffement climatique, guerres économiques, guerres, acculturation, manipulations. Je mets mon cœur et mon amour de la Vie dans la bataille, j’aime trop la vie pour rester les bras croisés. Nous sommes en pleine mutation !

Changer notre vision du monde et de tous ses habitants résoudrait une majeure partie des problèmes auxquels nous faisons face : réchauffement climatique, guerres économiques, guerres, acculturation, manipulations.

Dans une société largement spéciste, comment se frayer un chemin lorsque l’on défend des valeurs antispécistes ?

En allant du quotidien à l’universel, en parlant de mes expériences pour montrer que le changement ne tue pas, bien au contraire ! Un ancien proverbe chinois disait : la seule chose qui soit permanente, c’est le changement. La vérité ne doit pas nous faire peur, mais nous inciter à changer. Je suis passée de mangeuse de tout (la viande, le meilleur des légumes, disais-je !) à végétarienne pendant seize ans, puis suis devenue végane antispéciste il y a six ans. Je connais toutes les attitudes et réflexions que l’on pourrait m’opposer puisque je suis moi-même passée par là. Cela aide à prendre du recul et à mieux communiquer. Il faut beaucoup d’amour pour ne pas tomber dans la colère ou l’abattement.

La vérité fait mal, mais elle libère de la peur, nous redonne notre dimension universelle : nous sommes partie du tout. Être déconnecté du sens de la vie nous rend triste, vulnérable et hautement manipulable. Sans empathie, notre vie n’a aucun sens. L’évolution n’est pas le fruit d’une lutte sans pitié pour la survie, comme nous l’avons – mal – interprété d’après Darwin, mais bel et bien le fruit de la coopération entre espèces. J’ai de très bons arguments et j’espère donner envie aux gens de changer. La joie est contagieuse !

L’exploitation des animaux est non seulement une horreur sans nom pour le vivant, mais également une équation financière aberrante.

L’exploitation animale est très largement soutenue, notamment pour les enjeux politico-économiques qu’elle représente, malgré des rapports scientifiques alarmants (comme celui du GIEC, par exemple). Quelle stratégie faut-il adopter, d’après toi, pour que des changements concrets puissent se faire ?

Communiquer les changements par lesquels j’ai passé est une force. Pas de compétition, mais un partage des connaissances pour tous aller vers un mieux mesurable, que cela soit dans l’environnement, la santé ou le social, car tout est lié. Aujourd’hui plus que jamais, la moindre de nos actions tire sur des ficelles à l’autre bout de la planète. Cela peut être aliénant, mais aussi permettre un changement en profondeur. L’économie également est un argument de poids. On peut constater en montrant les chiffres de l’économie réelle, et non pas les montages orientés, que l’exploitation des animaux est non seulement une horreur sans nom pour le vivant, mais également une équation financière aberrante !

On nous a menti et caché des éléments importants pour notre compréhension du monde. Ces murs-là sont en train de tomber, la construction des ponts est en cours. Les faits sont têtus. Nous ne pouvons plus ignorer les faits scientifiques. Rester factuel et terre à terre permet un avancement, peu importe la tendance politique. Les gens de bien trouvent des solutions, et il reste encore des gens de bien partout, y compris en politique.

Les actions d’un peuple déterminé sont plus fortes que tout. Une simple fleur peut percer le macadam.

Quel message souhaites-tu adresser aux électeurs valaisans, mais aussi à tous nos compatriotes qui se rendront aux urnes le 20 octobre prochain ?

Malgré le découragement et l’impression d’inéluctabilité du pouvoir des puissants, les actions d’un peuple déterminé sont plus fortes que tout. Ce serait une erreur d’adopter une posture fataliste. Le mal s’autodétruit inexorablement. Dans l’histoire, nous avons pu constater que malgré les faibles chances apparentes de la liberté, il existe toujours une faille par laquelle entre la lumière, le changement, qui finit par craquer les murs. Une simple fleur peut percer le macadam ! Mais pour ça, il faut faire grandir en nous l’amour de la vie. Utilisons les outils de la démocratie, participons aux votes, donnons de la voix pour défendre la liberté, les droits acquis de haute lutte par nos ancêtres, remettons à l’honneur la solidarité. Le Un pour tous, tous pour un. Le système pyramidal du pouvoir est moribond, il finira comme les pharaons. Partout des gens veulent participer, respirer, vivre mieux, vivre libre, vivre tout court. Réchauffons nos cœurs et notre détermination à œuvrer pour le bien commun et la paix ! Notre vie, celle de nos enfants, celle de tous les enfants de la terre, se joue maintenant.

- propos recueillis par CL -

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